Tomorrowland

Celui que le monde nous envie clôturait son édition anniversaire dimanche après minuit. Une humeur de Nicolas Capart.

C'est avec un plaisir un tantinet feint que nous reprenions la route d'Anvers pour nous rendre, comme chaque fin de mois de juillet, au royaume de Boom(boom). Tomorrowland, rendez-vous des demoiselles dénudées, pour ne pas dire vulgaires à souhait. À qui donnent la réplique autant de musculeux bronzés, pour ne pas dire micro-ondés. Bellâtres dont la largeur des biscotos n'a d'égal que celle des courants d'air qui semblent relier les oreilles de leurs détenteurs. Festival adulé, vénéré et chéri s'il en est, où l'on vient déguisé. Terre promise vers laquelle les clubbers de tout l'univers convergent par les airs. 35000 étrangers issus de 106 pays, en plus des autochtones, sont venus s'ébrouer ici. Et plus d'une centaine d'avions spécialement affrétés pour leur permettre d'y venir. Sans kérosène, y'a pas de plaisir.

Tomorrowland, tourbillon d'eurodance FM chamallow, nation des décibels putassières également. Qui soufflait en cet an de grâce 2014 les dix bougies d'un gargantuesque gâteau fluo, à renforts de décors toujours plus impressionnants et rococos. Une grand messe de la démesure qui avait décidé d'infliger une double peine à ses riverains – lesquels ont tenté de l'en empêcher en vain – , en déroulant son cru anniversaire sur deux week-end plutôt qu'un. Tomorrowland aime les gros chiffres. Et s'autoproclamait ainsi plus grand festival de Belgique en doublant ses effectifs. Dans la foulée, il plantait l'ultime banderille dans le dos de 10DaysOff gantois déjà mal-en-point, pour la dernière fois cet été rendez-vous du bon goût électronique, sacrifié sur l'autel du mainstream et du formatage culturel.

Tomorrowland, pays de demain et de tous les possibles, parfois du malsain et de tous les horribles. Quand une jeune demoiselle, certes majeure (condition sine qua non pour pénétrer les lieux, ndlR.), titube généreusement, toutes pupilles révulsées, au bras d'un jeune homme très tactile à 2h de l'après-midi. Dans ces cas-là, on serait tenté de dire qu'il y des hôtels pour ça. Ah oui, il y a la Church of Love – devenue Chapelle Jarretelle – aussi.

© JC Guillaume

Populaire et tabou

Enfin, Tomorrowland icône au caractère sacré qui, à l'instar des Diables Rouges – Mertens, Courtois, Alderweireld et Vertonghen s'y dandinaient d'ailleurs – ou du ketje Stromae – dont l'EDM doppée aux BPM trouverait sans peine refuge ici – , ne souffre pas la critique sans sanction populaire. Sans tollé d'innombrables aficionados du festival, qui du doigt pointeront d'aucuns qui se risqueraient à critiquer le Saint Graal. Pourtant, si aux rayons promotion, communication, organisation et inventivité, le Disneyland de l'électro-techno fait la nique à tout la concurrence, faisant montre du plus grand professionnalisme du plat pays en la matière, bien des bastions demeurent à critiquer.

Au risque de nous répéter, « paraître » est toujours le maître-mot ici. Tomorrowland restera à jamais la patrie de l'auto-portrait, et l'était bien avant l'avènement du selfie. Ceux-là pourront sans peine vous réciter le nom de la quinzaine de scènes au pied desquelles ils se sont photographiés, mais feront des yeux ronds pour citer celui des artistes qui les ont foulées. Quasiment personne ne vient ici pour la musique, mais plutôt pour y être vu. Pour voir la bête et être dans le coup, n'est-ce pas Laurent, n'est-ce pas Elio. Nous, on s'est promené, on a beaucoup observé, on s'est bien amusé... Comme nous l'aurions fait dans un parc d'attractions. En écorchant nos écoutilles de gros son, certes... Mais nous y étions, c'est ça le principal, non ?