Musique / Festivals

L'histoire commence en mars de cette année. La clique Back in the Dayz – ou plutôt le duo que forment depuis une quasi décennie Anthony Consiglio et Max Meli – réalise alors une prouesse et un rêve de longue date. La structure montée en 2009 par ces deux potes férus de hip hop signe avec Universal ce mois-là. Après des années à charbonner, ils ont désormais leur propre label, En Douceur, confortablement hébergé par une grande major. La catapulte qui leur faisait défaut pour propulser plus loin encore les étoiles d'un rap belge pour lesquel ils œuvrent dans l'ombre depuis les prémices. C'est ainsi qu'une proposition arrive sur leur bureau quelques semaines après : coordonner une compilation qui servirait de bande-originale au cinéma.

Le film s'appelle "Tueurs". Il est réalisé par Jean-François Hensgens, un complice récurrent des frères Dardenne, et François Troukens, ancien braqueur qui, entre deux séjours au placard, écrira les grandes lignes du futur scénario. Une histoire de gangsters "à l'américaine", sur fond de belgitude et de Tueurs fous du Brabant. Le montage touche déjà à sa fin, et il sera donc compliqué d'intégrer les musiques à la version finale. Dommage… Si l'on peut effacer et remplacer Kevin Spacey d'un film a posteriori, il doit être envisageable d'intégrer une bande-son en post-prod, non ? Mais qu'il en soit ainsi. Le deal est acté. Reste à rassembler les ouailles du rap noir-jaune-rouge autour du projet. Une seule condition : pour faire le lien, ils poseront sur les instrus de l'homme en charge du volet musical de "Tueurs". Son nom : Clement Animalsons, moitié du tandem de producteurs du même nom, qui fit quelques grandes heures de Booba ("Boulbi", "Pitbull", "Garde la Pêche", "N°10", etc).

Les rappeurs sont rapidement convaincus, et c'est au Studio Planet, l'été dernier, que seront mis en boîte la quasi totalité des morceaux. Dans la foulée, les clips sont tournés au Studio 38, la promo s'organise et l'album atterrit dans les bacs le 1er décembre. On y croise la fine fleur du hip hop belge. Les nouvelles pousses de la scène d'abord, dont vous ne tarderez pas à entendre parler. Parmi ceux-là, on retiendra avant tout le nom de Krisy, dont le "Dernière fois", tout en groove et en chant, est une des bonnes surprises de cette compilation. Kobo, "Au pays des droits de l'homme", fait lui dans le vocodé mélodique, alliant savoir-faire à l'ancienne et modernité. Yanso déploie au fil de "Vegeta" un cloud rap tout en autotune, tandis que Lord Gasmique pratique un rap aérien à lenteur hypnotique, armé de sa voix grave et d'un flow écorché.


Déjà plus réputés, Senamo (échappé de La Smala) puis Isha (ex-Psmaker) se font plutôt bien remarquer. Avec un "Pile ou Face" plus frontal et livré à grandes enjambées pour le premier, et sur l'efficace "Définition d'un OG" et une production un chouïa rétro pour le second dans son style si singulier. Quant au tandem JeanJass/Caballero, inhabituellement synthétique et plus apaisé que jamais, étonne avec "Vous m'aurez pas".

On continue de monter dans les tours avec "Je m'évade" et Hamza. Une thématique parfaite pour le petit prince du rap belge qui déroule avec aisance son phrasé désormais signature. Tout comme celui de Roméo Elvis, l'un des plus populaires du moment, dont le titre "Méchant" se révèle furieusement efficace. Reste trois titres, pour nous les plus réussis. "Hush" de Coely, la seule à scander en anglais et de la bande la seule fille, qui impressionne par sa classe et son aisance. "Tueurs" du patron Damso, qui pose ici sur un son de BBP , l'étoile montante du beatmaking français. Enfin "Santo" du génial Zwangere Guy, tube en puissance et en néerlandais dans le texte, qui, de cette compilation de haut vol, provoque sans doute le plus de déflagrations.