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Typh Barrow sort son premier album jeudi. Raw sent bon le vinyle et les vieilles recettes mais mâtinées de modernité.

À 30 ans, la Bruxelloise Typh Barrow n’est pas une débutante ni tout à fait une inconnue. En effet, en 2012, elle a sorti un premier single et elle est en lice cette année pour un D6bel Music Award dans les catégories Artiste féminine de l’année et Artiste Classic 21. Mais il aura fallu près de six longues années pour voir débarquer Raw , son premier album qui sort jeudi. C’est que l’itinéraire de la jeune femme à la magnifique crinière brune, aux grands yeux et au sourire en coin n’est pas tout à fait celui d’une enfant gâtée.

Pourquoi avoir attendu si longtemps avant de sortir ce premier album?

"Même si je suis une personne très impatiente, je ne souhaitais pas faire les choses dans la précipitation. Je ne voulais pas d’un album à moitié abouti pour des questions d’agenda. Il était hors de question de miser sur trois titres et que le reste soit du remplissage, ça ne me ressemble pas. Chaque chanson a été travaillée en profondeur, en fonction de l’univers qu’on voulait lui donner. Certains morceaux ont aussi beaucoup voyagé pour trouver ces ambiances, ce qui prend également du temps. J’avais envie de quelque chose dont je puisse encore être fière dans 10, 20 ou 30 ans."

Même s’il y a une unité, ce disque part dans tous les sens sur le plan musical. Ça aussi, ça vous ressemble?

"J’ai du mal à me cantonner à une catégorie musicale. De plus, on est aujourd’hui dans le mix des genres et c’est ce qui fait la beauté de la musique. Dans mes influences, je me situe au carrefour entre la soul, la pop et un peu de hip-hop. Il y a cependant deux tendances très fortes sur l’album : des chansons très épurées en piano-voix, ce qui est l’ADN du projet, et d’autres qui groovent beaucoup plus."

Avec votre voix, on a l’impression que vous pouvez aborder n’importe quel style…

"Je vais vous décevoir, je ne peux pas tout chanter, c’est d’ailleurs ce qui m’a amenée à composer. À l’époque, j’étais très complexée par ma voix. J’essayais de chanter du Mariah Carey, du Céline Dion et du Whitney Houston. Je me suis esquinté la voix là-dessus tellement j’avais une voix plus masculine que féminine. Ça m’a forcé à écrire mes chansons parce qu’au moins comme ça, j’avais des morceaux qui me correspondaient. Psychologiquement, ça n’a pas été facile parce que dans le processus d’identification, c’était plus masculin que féminin. À 12-13 ans, j’ai été chez l’ORL pour faire analyser mes cordes vocales et il m’a dit que j’avais sur celles-ci ce qu’une grosse fumeuse de 40-50 ans a généralement. Je me suis dit que ma voix était à l’image de ce que je suis : une vieille âme avec pas mal de testostérone. Mais maintenant, je m’amuse et je me sens bien parce que ce sont mes propres chansons. Mais je suis loin de pouvoir tout chanter."

Vous affichez pourtant une telle aisance avec votre voix…

"C’est parce que je l’ai apprivoisée. On a un parcours difficile, elle et moi. J’ai désormais une hygiène de vie très saine et je la bichonne comme le muscle d’un sportif."

C’est votre premier album mais ça fait déjà un bon moment que vous arpentez les scènes. Quand vous regardez en arrière, qu’est-ce que vous vous dites?

"Que j’ai beaucoup de chance. Je ne regrette aucun choix. Ça n’a pas été un parcours évident mais si c’était à refaire, je ne changerais rien. J’ai fait le truc à l’ancienne, en bourlinguant dans mon piano-bar. Mais je ne voyais pas les choses autrement."

Vous n’avez jamais été découragée ?

"Je n’ai jamais baissé les bras. J’ai été étonné que ça prenne autant de temps mais c’est aussi parce que j’ai mis du temps à me trouver moi-même. Au final, l’univers m’a apporté mieux que ce que j’avais pu imaginer. Si les choses avaient été plus vite, peut-être aurais-je disjoncté… Et puis, il n’y a pas toujours eu de l’engouement autour de ce projet. Je chante en anglais dans un pays scindé avec deux langues différentes."