Musique / Festivals

On ne pourra pas dire que Tomorrowland ne nous aura pas laissé le choix. Avec ses seize scènes, le festival peut se targuer de proposer une quantité de sets hallucinante, même s'il est parfois difficile de s'y retrouver. À 21h30, Adam Beyer cogne sur la tête de son public sous la tente "Atmosphere", Tiësto - qui fait désormais de l'EDM pur jus - s'apprête à faire son entrée sur la Main Stage, et Jax Jones clôture son set sous "The Arch". Mais nous décidons de nous orienter vers un autre lieu, le petit havre de paix de cette gigantesque plaine de beats, "The Core".

Tous au bois

Située légèrement en décalage avec le site et accessible via une seule et unique passerelle, la scène de taille moyenne est logée dans un petit bois, joue à fond la carte bucolique, et programme à cette heure-là un B2B techno inédit entre Ame et Rodhad. La délicatesse contre la puissance, la fougue contre l'expérience. Les deux producteurs allemands sont complémentaires, et si l'on a toujours trouvé Ame rébarbatif, Rodhad fait plus que dignement le travail. Ce qui n'est malheureusement pas le cas du public qui semble davantage venu dans le coin pour discuter que pour danser.

Le naufrage des betteraves

Il fût un temps où les Bloody Beetroots, en revanche, vous transformaient n'importe quelle soirée estudiantine en "Projet X". Accouplés à Steve Aoki, les Italiens retournaient leur audience à coups des beats gras et de guitares saturées, et accomplissaient leurs méfaits sur les scènes des plus grands festivals. Mais cela, c'était il y a dix ans. Les mecs ont 40 ans aujourd'hui, et sont à peu près aussi stimulants qu'une rediffusion d' "Inspecteur Derrick" à 2h du matin.

La petite poignée de nostalgiques qui s'est réunie devant le podium Organ of Harmony en fait rapidement les frais, et ne bouge pas d'un iota malgré la débauche d'énergie dégagée sur scène. Gageons qu'Underworld, légende de la musique électronique britannique au patrimoine nettement plus durable, fera oublier cette performance en concert de clôture.

© James Arthur Gekiere

Nous serions volontiers allés admirer Karl Hyde et compagnie, mais le soir à Tomorrowland, difficile d'échapper à la Main Stage. Une bonne partie des festivaliers est venue pour ça : le grand show final, dont les images ont si intelligemment été diffusées dans le monde entier. Cette année, la mode est au décor sous-marin : "La merveilleuse cité de Planaxis" selon le récit élaboré par les organisateurs, qui ont paré leur emblématique scène principale de coquillages, fontaines géantes et écrans aux couleurs de l'océan, sous la supervision d'un immense hippocampe. Le décors n'est pas "beau" à proprement parler, mais il claque. Il faut reconnaître à Tomorrowland un certain savoir-faire en matière de mise en scène.

© James Arthur Gekiere

Musicalement, en revanche, la situation est plus corsée. Tiestö, Axwell vs Ingrosso et Hardwell se suivent en clôture de cette première journée et livrent une EDM tout ce qu'il y a de plus classique (reprise d'un hit connu de tous, montée de basses avec décompte, explosion bien crasse et on recommence). Les shows sont impressionnants, le public en prend plein les mirettes, mais on a davantage le sentiment d'assister à un grand spectacle qu'à un concert. Et l'audience passe plus de temps à immortaliser la scène qu'à se déhancher à proprement parler.