Musique / Festivals Haydn et la Shoah étaient, notamment, au programme des Nuits de septembre. Concert donné samedi soir à l’Université de Liège.

Belle idée qu’a eue le festival des Nuits de septembre pour son deuxième concert samedi : proposer la version pour piano des Sept dernières paroles du Christ en croix de Haydn en remplaçant les textes bibliques originaux par des textes de déportés à Auschwitz et Birkenau.

Rebaptisée très opportunément Les Sept Paroles des déportés en croix, l’œuvre repose ici sur d’autres mots qui n’ont pas, loin s’en faut, été choisis au hasard. Sélectionnés avec l’aide du Foyer culturel juif de Liège et de l’ASBL Mémoire d’Auschwitz - Fondation Auschwitz, ils restituent, dans une autre perspective plus contemporaine, l’essence des thèmes abordés par le Christ en croix comme "Pater, dimitte illis", "Deus meus utquid derelequisti me" ou "Sitio" par exemple.

Ces témoignages d’hommes et surtout de femmes venus de Pologne, de Lituanie ou de Lettonie - de quoi faire le lien avec la thématique 2018 des festivals de Wallonie, la Baltique - étaient dits avec beaucoup de pudeur et de sensibilité par Annie Dutoit, jeune comédienne investie d’une double légitimité : fille de musiciens (Charles Dutoit et Martha Argerich), mais aussi journaliste et universitaire spécialisée dans l’étude des génocides du XXe siècle.

Froideur de l’interprétation

On regrette juste que Costantino Mastroprimiano ait adopté la même approche d’objectivité au pianoforte : son jeu est plus lecture qu’interprétation, au point de donner un sentiment de froideur et de distance là où la musique aurait pu apporter plus d’émotion.

La formidable partition de Haydn s’en trouve un peu amoindrie, d’autant que l’instrument choisi - une copie d’un instrument viennois d’Andreas Stein - ne résonne pas suffisamment dans la grande salle académique de l’Université de Liège.

En première partie, le pianiste italien avait joué une danse (choix curieux) et une danse de Joseph Martin Kraus, musicien bavarois admiré de Haydn et parti à la cour de Suède. Entrée cohérente (baltique, toujours) assurément, mais pas vraiment nécessaire au regard de la pièce principale.NB