Musique / Festivals

Tabu Ley, dit "Seigneur Rochereau", s'est éteint samedi matin à St-Luc, où il avait été hospitalisé il y a une dizaine de jours. Le chanteur ne s'était jamais remis d'un AVC subi il y a quelques années et ne marchait plus; il était en revalidation à Evere lorsque sa santé s'était dégradée.

Ta Bu Pascal Ley est né le 13 novembre 1940 dans le Kwilu (province du Bandundu, ouest). Son nom vient du verbe kutabu, qui signifie exorciser, selon Jean-Pierre François Nimy Nzonga (1) et exprime vraisemblablement le soulagement de sa mère devant la fin de ses difficultés à concevoir.

Très jeune, il accompagne ses parents qui s'installent à Kinshasa. A dix ans, il entre à la chorale de son école. Fort de cette expérience, il suscitera la stupéfaction de ses amis en interprétant magistralement, à 14 ans, pour une fête scolaire, une chanson de la vedette de l'époque,Joseph Kabasele. Il réédite son coup un an plus tard à l'inauguration du stade Roi Baudouin, en présence de ce dernier, cette fois avec une composition personnelle.

Alors qu'il poursuit ses études dans un lycée kinois - où il se gagne le surnom de Rochereau pour avoir été le seul à pouvoir répondre au professeur qui interrogeait la classe sur les hauts faits du colonel français Denfert-Rochereau - il devient bientôt un familier de son idole et aîné de dix ans, pour lequel il écrit des chanson,s raconte Nimy Nzonga. Si bien qu'en 1959, sur l'insistance de son orchestre, Kabasele, dit "le Grand Kallé", fait entrer le jeune homme dans son orchestre African Jazz, qui fait les délices de Kinshasa.

Voila le jeune Tabu Ley lancé, car plusieurs de ses compositions pour l'African Jazz deviennent des succès. Sa popularité ne se dément pas malgré les passages d'un orchestre à l'autre - habituels dans le monde musical kinois, où les rivalités sont fortes- et dispose bientôt de sa propre formation, African Fiesta, dont il fait rapidement une des valeurs sûres de l'époque. En 1970, il est le premier chanteur zaïrois à se produire à l'Olympia, où il tient l'affiche du 12 au 31 décembre.

Voix douce et haut perchée

Sa veine créatrice ne se démentira pas jusque dans les années 80. Sa voix douce et haut perchée, ses vocalises et ses chansons d'amour en firent durablement le chéri des Congolaises, tandis que les musiciens admirent son rôle dans la modernisation de la musique kinoise, dont il fut un des architecte. Selon Nimy Nzonga, c'est Tabu Ley qui introduisit les drums dans les orchestres kinois et lui qui inventa, au début des années 70, le "chanté-parlé", repris ensuite avec brio par son rival Franco Luambo Makiadi, peintre de la vie de Kinshasa, dans son célèbre "Mario" ,et avec lequel Rochereau chantera un duo inoublié des amateurs de musique congolaise. C'est Tabu Ley encore qui mit à l'étrier le pied de futures vedettes de la scène kinoise, comme Mbilia Bell ou Papa Wemba, aida d'autres à effectuer leur retour après une période de vaches maigres et inspira nombre d'artistes congolais de son temps ou qui lui ont succédé dans le coeur des mélomanes.

Les années 90 le voient se lancer dans des études aux Etats-Unis, où il obtiendra un graduat en philosophie politique en 1996, l'année du renversement de Mobutu. "De retour à Kinshasa, il se rapproche du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD) de Ruberwa", racontent les journalistes Roger Mazanza et Cornelis Nlandu (2), une rébellion qui s'était soulevée en 1998 contre le président Laurent Kabila avant de devenir un parti politique. En 2005, l'artiste est nommé vice-gouverneur de la ville de Kinshasa pour ce parti, en charge des questions politiques, administratives et socioculturelles. Lors des élections pluralistes de 2006, il est élu député provincial et deviendra l'année suivante ministre des Sports, de la Culture et des Arts de Kinshasa, fonction qu'il quittera en 2009.

(1) "Dictionnaire des immortels de la chanson congolaise", Jean-Pierre François Nimy Nzonga, Ed. Academia Bruylant

(2) "Les cadres congolais de la 3è République",Joseph-Roger Mazanza Kindulu et Jean-Cornelis Nlandu-Tsasa, Ed. L'Harmattan