Musique / Festivals Villazon et Kozena têtes d’affiche du "Retour d’Ulysse". Anne-Catherine Gillet, formidable Minerve en embuscade.

Evidemment, les opéras de Monteverdi ne quittent jamais vraiment l’affiche des salles lyriques. Et particulièrement cette année, puisqu’on commémore les 450 ans de la naissance du grand compositeur italien. Mais, dans le contexte politique actuel, monter à Paris un opéra qui conte l’attente de Pénélope pendant que son mari court le monde ne manque pas de piquant.

Dans le "Ritorno d’Ulisse in patria" donné au Théâtre des Champs-Elysées, il n’y a certes aucune référence à l’affaire Fillon : mais la metteuse en scène Mariame Clément (une habituée de l’Opéra flamand) ne se prive pas d’actualiser l’Odyssée, pas toujours de façon convaincante d’ailleurs. Les dieux sont dans un "bar de l’Olympe" à boire et jouer aux fléchettes, Neptune a l’allure de Capitaine Igloo, Iro est un obèse mangeant des hamburgers en bermuda, des phylactères de BD tombent des cintres avec des onomatopées, Eumée ramasse des déchets sur le sol et, dans le palais d’Ithaque, il y a un distributeur de canettes. Autant de perturbations puériles et inutiles, d’autant que, pour le reste, Clément réussit une belle direction d’acteurs et excelle à faire ressentir la lassitude triste de Pénélope, la force d’Ulysse ou la jeunesse de Télémaque.

Bluffante

Dans la fosse, Emmanuelle Haïm dirige son Concert d’Astrée, avec un continuo large et bien varié. Il n’y a peut-être pas chez la cheffe française toute la souplesse et l’inventivité foisonnante d’un Jacobs dans cette musique, et on sent une certaine fatigue au troisième acte mais, hormis quelques imprécisions des vents çà et là, l’ensemble tient bien la route. En tête d’affiche, deux stars du disque. Magdalena Kozena est une Pénélope émouvante, pure et puissante à la fois, d’une intonation très sûre et riche en nuances. Rolando Villazon, ex-ténor romantique reconverti dans le classicisme et le baroque, campe un étonnant Ulysse, généreux, attachant, mais en déclin vocal progressif au fur et à mesure de la soirée.

Le spectacle vaut aussi par la qualité de ses seconds rôles, parmi lesquels Kresimir Spicer (formidable Eumée), Mathias Vidal (Télémaque), Isabelle Druet (lauréate du Reine Elisabeth en 2008, ici en Mélantho) ou la soprano belge Anne-Catherine Gillet, vocalement et scéniquement bluffante en Amour (du prologue), puis en Minerve blonde platine.

Paris, Théâtre des Champs-Elysées, les 9 et 13 mars. Diffusion lundi 13 mars à 19h30 sur CultureBox et Medici TV, et le 26 mars à 20h sur France Musique. Une version de concert du "Ritorno d’Ulisse" sera donnée à Bruxelles (Bozar) les 14 et 16 mars sous la direction de René Jacobs et avec une autre distribution.