Musique / Festivals

Création mouvementée de la 2e Symphonie de Pierre Bartholomée.

Le programme du concert que donnait l’ONB vendredi dernier au Bozar avait de quoi séduire et intriguer à la fois : deux œuvres de musique contemporaines – la "Deuxième Symphonie" de Bartholomée et "Elegie" de Jörg Widmann – y étaient chacune mises en regards d’une symphonie de Haydn, respectivement la Symphonie concertante pour hautbois, basson, violon et violoncelle, et la Symphonie n°102. Façon éloquente d’attester les liens de continuité ou d’opposition entre les différents langages musicaux concernés.

Ce devait être une fête, ça faillit tourner au cauchemar : le lundi même, la cheffe sino-américaine Xian Zhang déclarait forfait. Appelé à la rescousse, le jeune chef américain Garrett Keast (heureusement basé à Berlin) prenait le relai au pied levé, ignorant tout de la partition, et ce ne fut que le mardi matin que le travail conjoint de l’orchestre et du chef prit effectivement cours. Le résultat laisse plutôt admiratif…

Brut de décoffrage

Cette 2e Symphonie de Pierre Bartholomée fut achevée au cours de l’été 2016. Justement titrée « Andante ostinato », elle s’ouvre sur une explosion de sensations et de couleurs, un jaillissement de vie qui s’organisera bientôt à travers l’orchestre pour créer une assise rythmique et sonore comparable à un flux puissant et régulier, mais en constante transformation, soumis aux interventions des solistes de l’orchestre ainsi qu’à de savantes illusions rythmiques. On distinguera ainsi une première formidable accélération centrale – réelle ou ressentie comme telle ? – suivie d’une accalmie avant la reprise « obstinée » de la marche, l’avènement d’un nouveau climax et l’éloignement définitif de l’heureux cortège. Bartholomée a jeté dans cette partition, outre son immense savoir-faire, une liberté bienvenue, traduite notamment par la générosité des courbes mélodiques, les petits clins d’œil au passé, et l’audace des gestes de virtuosité, souvent menés à plusieurs et d’autant plus exposés, qui auraient évidemment bénéficié d’un travail approfondi en amont. Mais, tel qu’on l’a découvert, cet « Andante Ostinato » s’est déjà imposé. On espère qu’il trouvera place (mieux aménagée) dans le répertoire symphonique de demain.

Quant au reste du concert, malgré l’investissement louable des solistes - Dimitri Baeteman, Luc Loubry, Filip Suys et Olsi Leka, tous quatre solistes à l’orchestre -, la Symphonie concertante de Haydn manqua cruellement de subtilité dans les intentions, et de transparence et l’allant dans sa réalisation, alors qu’au terme de la soirée, toujours sous la direction d’un Garrett Keast très à son affaire, la Symphonie n°102 (e Haydn) révélera le meilleur de l’orchestre par l’élan général, la profondeur des cordes, la fusion des timbres. Allez savoir…

Entretemps, on avait découvert cette « Elegie » pour clarinette et orchestre (2006), avec le compositeur, Jörg Widmann, en soliste : une œuvre chatoyante, de grande virtuosité, dotée d’effets saisissants – citons l’association des timbres de la clarinette et de l’accordéon (Teodoro Anzelotti), ou les doubles notes de la cadence - mais qui mériterait d’être un peu resserrée.

Infos : www.onb-nob.be