Musique / Festivals

À PARIS

Dans la bouche d'un Patrick Bruel, imaginerait-on ces mots: `Mais il se mit à boire / Elle ne fit pas d'histoires / Mais pour ne pas être une poire / Elle se consola en le faisant cocu./ Il la trouva mauvaise / Mais elle ramenait du pèze / Au lieu de ramener sa fraise/ Il se contenta de lui foutre son pied au cul. Comme de bien entendu...´ ? Eh bien, c'est plus la peine d'imaginer, il l'a fait et, comme c'est parti là, il le refera!

Car cet extrait de la célébrissime chanson popularisée par Arletty en 1939 - paroles de Jean Boyer, musique de Georges Van Parys - fait partie des vingt-quatre titres figurant sur l'album `Entre deux´ à paraître le 3 juin prochain. `Entre deux´ est un titre à double détente: le répertoire a été sélectionné sur la période entre les deux Guerres mondiales, et Bruel s'y produit fréquemment en duo.

COMME À LA FOIRE

Le lieu choisi pour présenter l'opus aux médias est idéal. A Bercy, sur cette Avenue des Terroirs de France qui fleure bon l'andouillette et le calva hors d'âge, le Musée des Arts forains est installé dans d'anciens bâtiments industriels. Parmi les collections, les automates et les jeux anciens (courses de chevaux, billard japonais, etc.), typiques des anciennes Foires du trône et autres fêtes populaires, constituent le décor idéal à ces javas, valses musette et autres rengaines.

C'est pourtant par `Le temps des cerises´, avec juste une contrebasse en accompagnement, que Bruel choisit de commencer ce spectacle. Millésimée époque de la Commune, ce sera l'une des réactions à la présence de Le Pen au second tour des élections présidentielles françaises. L'autre survient en intro à `Qu'est-ce qu'on attend pour être heureux?´ : `On n'a pas tellement le coeur à faire la fête. Pourtant, pourtant, c'est en faisant la fête et en étant là qu'on existe.´

Patrick Bruel est par ailleurs de ceux qui, lundi dernier, ont appelé les Français à voter tous, et à voter pour Jacques Chirac, `même si ce n'est pas dans les convictions politiques qui peuvent être les nôtres´.

COMME DES COLLÉGIENS

Quant à la fête, c'est bien elle qui est au programme de la soirée. On n'a pas attendu pour être heureux et, sur ce thème de Paul Misraki popularisé par Ray Ventura, clarinettiste et tromboniste se sont comportés comme de vrais Collégiens. La formation entourant le chanteur est adaptée au sujet: contrebasse, double batterie, guitare acoustique parfois à la Django, souffleurs et, au piano, Jean-Yves d'Angelo qui, avec Yvan Cassar, truste la plupart des postes de directeur d'orchestre, rayon chanson.

Le parti pris est clairement exprimé: essayer de ne pas abîmer ces chefs-d'oeuvre et les dépoussiérer seulement s'il y a lieu. Quelques audaces d'arrangements aboutissent à l'estompement d'une mélodie comme `Vous qui passez sans me voir´, mais l'ensemble est de facture classique: `Paris je t'aime´, `La java bleue´ sont expédiées avec tout l'allant nécessaire par un Bruel main dans la poche droite du pantalon et armé du sourire auquel prêtent ces chansons.

COMME À LA PARADE

`Au moment de faire cet album, j'ai lancé dix invitations, et treize personnes ont dit oui´.

Parmi elles, Johnny Hallyday (qui avait lui-même invité Bruel au Stade de France), Renaud, Jean-Jacques Goldman, Laurent Voulzy (`Que reste-t-il de nos amours?´) figureront sur le disque. Et aussi Zazie, la délicieuse Zazie, qui est dans la salle ce soir. Du parterre à la scène, il n'y a qu'un pas, que la belle franchit allégrement pour duetter sur `J'ai ta main´. En clair, cela donne une main dans celle de Bruel, et l'autre tenant le texte de Charles Trenet, le tout ayant des allures de sympathique impro.

Même topo pour le final: en chantant la `Romance de Paris´, signée Trenet elle aussi, Bruel actionne à toute vitesse la manivelle d'un orgue de Barbarie dégoté au musée l'après-midi même. Cette dernière trouvaille aurait tout à fait sa place dans les spectacles consécutifs à la sortie d'un nouvel album qui, d'ores et déjà, se présente sous les meilleurs auspices.

© La Libre Belgique 2002