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Incroyable, délirant, inexplicable. Un retour, en tout cas, tonitruant. L’équipe de l’Ancienne Belgique n’en revient toujours pas. Six dates sold out (outre un concert privé et gratuit réservé aux personnes handicapées), c’est d’ailleurs une première, pour un groupe belge, dans l’histoire de la salle de concerts. Il est vrai que certains avaient manifesté leur désir de revoir Channel Zero sur scène. L’AB, rappelle son directeur artistique Kurt Overbergh, avait proposé au groupe de métal, il y a quelques années, dans le cadre de son programme rewind, de rejouer, un soir, l’album "Black Fuel" - Channel Zero avait décliné. Un groupe de fans sévissait sur Facebook (We want a Channel Zero Reunion Concert). Quoi qu’il en soit, le groupe décide, en 2009, de se reformer, et contacte l’AB. Une date est annoncée. Elle affiche complet en 15 minutes ! "On était incroyablement surpris, et le groupe aussi !", témoigne Kurt Overbergh. Une seconde date est lancée : idem, sold out en un quart d’heure. Etc.

L’équipe de l’AB, comme tout le monde, a tenté d’analyser ce succès. On pointe l’effet "reformation" d’un groupe disparu depuis presque treize ans. Sa réputation assez unanime - et non démentie depuis lors - de meilleur groupe de métal belge. Sa capacité à attirer, outre les purs et durs "métal", un public fan de rock tout court. Mais tout cela ne suffit pas à expliquer l’ampleur du phénomène, qui laisse pantois.

C’est aussi ce que dit Jacques de Pierpont dit "Pompon" (Classic 21, Pure FM), spécialiste du genre et qui a suivi de près le parcours du groupe : "incroyable" . Tout en fournissant des éléments d’analyse supplémentaires. "Il y a des groupes qui, en fin de carrière, deviennent un peu ringards, pathétiques. D’autres qui s’arrêtent en plein haut vol. C’est le cas de Channel Zero - on pourrait faire la comparaison avec l’annonce récente des reformations de Soundgarden et Alice in Chains. Ils ont laissé une frustration."

Channel Zero a pu, par ailleurs, de fait, fédérer un public assez large : "Ça cogne fort, le son est très puissant, mais on n’est pas dans la barbarie non mélodique. On peut chanter avec le groupe" , note "Pompon". Le chanteur Franky DSVD est d’ailleurs "impressionnant dans tous les styles, le chant hurlé comme le chant mélodique, il a une tessiture de voix variée et une capacité en octaves hors du commun" .

Sans doute le groupe a-t-il su aussi fédérer les différents "clans", sous-genres, au sein du métal. On peut encore pointer la grande fidélité qui caractérise le public du métal en général (surtout flamand en Belgique, soit dit en passant). Se dire aussi que dans l’ère Internet, les nouvelles vont vite, et qu’il y a peut-être eu un effet boule de neige.

I l n’empêche, "six dates - et ils auraient pu en faire dix -, un tel buzz, cela reste inexplicable", martèle "Pompon".

Et ce n’est qu’un début. Channel Zero a sorti un nouveau single (prélude à un album ?), filmé l’un des concerts à l’AB (il y a du DVD dans l’air ), et est d’ores et déjà à l’affiche du Graspop en juin (aux côtés de Kiss, Motörhead ). "C’est clair, le groupe est au début d’une nouvelle carrière , affirme "Pompon". Ils sont poussés en avant par l’accueil extraordinaire qu’ils ont reçu. Ça leur redonne la patate, et l’envie d’aller au fond des choses."

Une chose est sûre : Channel Zero est à présent - s’il ne l’était pas déjà dans les années 90 - une légende.