Musique / Festivals

Violoncelliste, chef d’orchestre, écrivain, homme d’action, le Belge Jean-Paul Dessy se profile aussi - et peut-être surtout - comme compositeur. Son goût pour la musique savante ne l’a pas éloigné du plaisir de la musique et, sans verser dans la "nouvelle simplicité" (même s’il met parfois Silvestrov à son programme ), sa musique trouve toujours un heureux équilibre entre le sensuel et le spirituel, que l’on peut aussi appeler poétique. Aujourd’hui, Dessy a achevé sa première œuvre pour orchestre, intitulée "Symphonic Meditation I", et sous-titrée "Serene Sirens", une œuvre d’une quinzaine de minutes que nous avons écoutée (en version maquette) en prélude à l’interview; on repère déjà une partition chatoyante et énergétique, nous y reviendrons après la création sur instruments.

Comment cette nouvelle pièce s’inscrit-elle dans votre parcours ?

J’ai commencé à écrire pour le violoncelle (mon instrument de départ), puis des pièces de musique de chambre, pour orchestre de chambre, pour orchestre contemporain (les 40 solistes de l’Ensemble Modern), l’étape symphonique est arrivée naturellement. La commande m’a été adressée par l’Orchestre national de Belgique, en 2009; quelques mois plus tard, le philharmonique de Liège m’en faisait une autre, cela donnera les volets I et II de "Symphonic Meditation"

Le volet I, qui sera créé cette semaine, à Mons et à Bruxelles, mentionne les “sirènes” dans son sous-titre.

L’idée des sirènes a été déterminante. Ces créatures apparaissent pour la première fois dans "L’Odyssée" d’Homère : quelques lignes qui eurent une influence incroyable dans la représentation de la musique et de ses pouvoirs. Car les sirènes sont omniscientes, elles savent tout d’Ulysse et de ses compagnons, notamment sur leurs désirs inconscients et leur jouissance. A ce titre, les sirènes - archétypes du lyrisme et par extension de la musique - sont pour l’homme un lieu de révélation. Les sirènes, selon Platon, sont impliquées dans l’harmonie du monde, dans l’organisation des sphères célestes. Enfin, les sirènes permettent aux âmes errantes de quitter leur prison temporelle, entendez, d’échapper au temps, de sortir du temps de Chronos, le dieu qui mange ses enfants, pour entrer dans le temps de Kairos, le temps de l’instant !

Tant de vertus et pourtant Circé s’est évertuée à dissuader Ulysse et ses compagnons de céder à leur chant.

Pascal Quignard a écrit un merveilleux livre sur la question, imaginant le destin de Boutès, le dissident, l’unique Argonaute à avoir répondu à l’appel des sirènes, à avoir risqué sa vie pour la musique Après Homère, les sirènes ont connu de multiples avatars : saint Jérôme, notamment, dans sa "Vulgate", utilise le mot sirène à la place du mot hyène (ou chacal), relayant la péjoration attachée à celle qui entraîne la chute. Par ailleurs, dans les civilisations du nord, la sirène perd ses ailes pour prendre une queue de poisson. Enfin, suprême métaphore, le mot sirène désigne aujourd’hui le signal d’alarme annonçant le danger. Le pouvoir de la musique et en particulier du chant reste bien une menace

Et vos “sirènes sereines”, de quelle nature sont-elles ?

J’ai composé cette musique pour qu’elle appelle l’écoute, j’espère donc que mes sirènes sont comme celles d’Ulysse (pas de celles pour lesquelles on met des boules Quies !) mais des sirènes sereines. Le "serein" désigne le "ciel clair", la lumière, l’esprit en paix.

Quelle orchestration avez-vous choisie ?

Je savais que la pièce serait créée avec le concerto pour violon de Tchaïkovski et la 7e symphonie de Dvorak (que j’adore) : avec ce type d’orchestre, je pouvais déjà largement m’exprimer, c’est ce que j’ai choisi

Mons, Le Manège, le jeudi 17 février à 20h. Infos : 065.39.59.39 ou www.lemanege.com Bruxelles, palais des Beaux-Arts, le vendredi 18 février à 20h. Infos : 02.507.82.00 ou www.bozar.be ou www.onb-nob.be.