Musique / Festivals

Que s'est-il donc passé mardi soir à Anvers ? On en a fait des concerts à guichets fermés au Sportpaleis mais, de mémoire de mélomane, jamais nous n'avions assisté à une telle débâcle. Bien sûr, la grève générale annoncée ce jour ne fut pas de nature à arranger les choses, mais il semble néanmoins difficile de ne pas blâmer en partie l'organisation. Tout cela aurait pu être balayé en quelques rimes par Kendrick Lamar, et compensé par sa prestation. Mais, là aussi, ce fut une déception.

Trafic Lamar

Si la longueur du trajet accusé varie selon les récits, tous sont du même acabit. Venant de la capitale pour célébrer le rappeur de Compton, les b-boys et b-girls bruxellois auront mis en moyenne entre deux et trois heures et demie pour parcourir les 48 kilomètres qui les séparaient d'Anvers. Les dernières soixante minutes consistant à regarder le palais des sports si prisé à travers la vitre, tout en le contournant (en quête d'une place de parking) et en imaginant le concert du Britannique James Blake. Frustration. Car, si le choix de cette première partie continue de nous interroger, nous aurions volontiers éprouvé les infra-basses du sorcier. Pour autant, à ce stade, une autre crainte surgit : sera-t-on entré pour l'arrivée du headliner de la soirée ?

Kendrick peignoir

L'intérieur du bunker a des allures de fourmilière éclatée. Partout ça grouille, ça court, ça cherche sa place ou son entrée, ça se bouscule, ça tente de s'abreuver… Annoncé juste après 21h, notre hôte se fera attendre une petite demi-heure. Un délai – volontaire ou pas – qui permit à tout le monde d'assister au coup d'envoi des joyeusetés nous a-t-on assuré. Le doute méthodique reste ici néanmoins de mise. Mais on est prêt… Et vient l'obscurité.

Avant qu’apparaisse le héros en chair et en micro, les écrans s'allument pour quelques vidéos d'intro. Aussi fluos et colorés que dénués d'intérêt, ces clips donnent à voir un Kendrick Lamar face camera, prétentieux, théâtral, arrogant, qui nous laisse circonspect. On nage en plein culte de la personnalité. Une impression qui se prolonge quand apparaît l'Américain dans une sorte de peignoir blanc du plus mauvais effet. Tenue qu'il gardera tout au long de la soirée, visiblement sûr de son fait. Parfois les semelles quittent le sol, même avec des chevilles très enflées. C'est ça le meilleur MC du monde en activité ? Derrière nous, un spectateur laisse déjà échapper un gentil "Remboursé !". Et cela ne fait que commencer.


Quand y'en a marre, y'a Kendrick Lamar®

Ce n'est pas imputable à l'ami Lamar, mais le son du palais est extrêmement mauvais. Et cette scénographie bling bling et grandiloquente ne permet pas de le compenser. Les tubes s'enchaînent sans accrocher, entrecoupés d'intermèdes longs, saugrenus et plus que dispensables (poke aux fans d'arts martiaux et aux ninjas qui auraont apprécié les sabres samouraï et les chorés), qui cassent encore le rythme d'un show qui déjà en manquait. Plus l'heure tourne, plus la gorge est nouée, les oreilles saturées, et plus l'on se dit qu'on aurait préféré réécouter les bombes festives ou engagées du Californien sur CD depuis un canapé.

Après une grosse heure et demie de concert, les lumières se rallument et la foule peut à nouveau dans les couloirs puis le froid s'entasser. La dernière leçon du cours de bétail va être dispensée. Car nous mettrons encore une bonne heure à quitter les lieux du crime et ce parking improvisé, pour arriver aux petites heures dans la capitale. Peut-être étions-nous de mauvaise humeur, peut-être sommes nous trop exigeants ? Peut-être que d'autres ont apprécié et ne comprendront pas autant de ressentiment exprimé ? Peut-être aussi que payer 67€ pour vivre une telle soirée n'est pas normal...