Musique / Festivals Actrice, écrivaine, chanteuse, la Belge Stéphanie Blanchoud sort son 3e album, "Les beaux jours". Sous des airs de Jean Seberg, elle n’est pas à bout de souffle.

Il fait gris ce matin-là. Le ciel est plombé. Il drache même. Quand Stéphanie Blanchoud arrive au lieu de rendez-vous, elle jette un œil par la fenêtre, lançant : "Je vais encore devoir acheter un parapluie, ça doit être mon 15e !" La veille, l’artiste belge était en Suisse. Le retour est, à chaque fois, contrasté : "Le ciel est si haut là-bas, si lumineux." Ce pays, elle le connaît bien pour y avoir passé de nombreux étés, son père étant originaire de Blonay (au-dessus de Vevey). Là, elle vient d’y séjourner quelques jours parce que, soutenue par deux théâtres locaux, elle est en train d’écrire une pièce. "J’ai reçu une bourse. Je dois avoir fini l’écriture pour juin, dans l’espoir de la monter en 2016-2017." Sur ce projet, elle est accompagnée par la romancière et dramaturge française Véronique Olmi.

Stéphanie Blanchoud écrit, joue (au théâtre et au cinéma) et chante. Son 3e album, intitulé "Les beaux jours", sort ces jours-ci. Avant même d’avoir eu envie de jouer ou de chanter, l’artiste en herbe voulait raconter des histoires. En 2003, elle reçoit le premier prix au Conservatoire royal de Bruxelles, section art dramatique et déclamation. C’est durant ses années d’études qu’elle découvre qu’elle aime chanter. "J’ai réalisé que cela me plaisait autant que jouer. Puis, il y a quelques années, je me suis rendu compte qu’il me manquait quelque chose pour parler aux musiciens. J’avais envie de composer mes mélodies aussi. La guitare m’est apparue, entre guillemets, comme l’instrument le plus simple pour composer."

L’inspiration au Cap-Vert

Après avoir été épaulée par Jean-François Assy, qui l’accompagne toujours sur scène, la chanteuse s’est lancée dans l’aventure de ce troisième album, toute seule comme une grande. "J’ai écrit et composé la plupart des morceaux, de façon basique évidemment, au Cap-Vert. J’y suis partie seule, pendant cinq semaines, il y a trois ans. J’avais besoin de prendre le large." En résultent des titres "marqués par la mélancolie, liée à un moment de solitude et, en même temps, de lumière et d’espace, parce que, là-bas, j’étais dans des lieux incroyables pour composer".

De retour en Belgique, elle enregistre des démos, "guitare-voix tout pourri" sur son iPhone. "J’avais bien un petit programme sur mon ordi, mais la technologie et moi, ça fait deux. Comme j’ai longtemps habité avec Jean-François Assy, lui, il avait tout le matos." Pour réaliser "De beaux jours", Stéphanie Blanchoud fait appel à Marcello Giuliani qu’elle avait rencontré à l’issue d’un concert qu’il donnait à Bozar avec Erik Truffaz. "On a ensuite passé une semaine en Toscane, dans sa famille, à bosser les morceaux, à travailler sur les structures, à écouter plein de choses. Sur l’album, il s’est aussi chargé des basse et contrebasse." Elle a bien fait de plébisciter Giuliani car "De beaux jours" regorge de jolis arrangements. "Parmi tout ce qu’on a écouté, une de nos influences communes était Ray Lamontagne. On s’était renseigné pour savoir si on n’aurait pas pu aller enregistrer avec toute son équipe, mais on arrivait à des prix de maboul. Je n’ai pas Universal derrière moi", sourit la jeune femme.


Enregistrement à l’américaine

Direction Bruxelles et son studio Dada trois semaines durant - Giuliani désirant enregistrer comme le font les Américains : tout le monde ensemble au même moment. "‘Perdre la douleur’ a été fait en une seule prise. Cela a donné un truc très organique et j’avais vraiment envie de cela. Mais, comme j’aime aussi l’art vivant, ce n’a pas été facile pour moi de figer les choses."

Sur la chanson "Les beaux jours", Stéphanie Blanchoud chante : "Je préfère que tu me laisses/Ailleurs que sur un quai de gare." On s’étonne qu’aux yeux de cette grande voyageuse, le quai de gare soit perçu si négativement. "C’est toute la complexité de ma personnalité. Quand je voyage, c’est moi qui le décide. C’est assez douloureux d’aller conduire quelqu’un, voire même le chercher, à une gare." Réminiscence de l’enfance, ballottée qu’elle fut entre les foyers de ses parents séparés ?

"Décor", duo qu’elle partage avec Daan, est le premier simple issu de l’album. Le clip, conçu par la réalisatrice suisse Ursula Meier ("L’enfant d’en haut"), les met en scène sur un ring de boxe. Un sport que Stéphanie Blanchoud connaît bien pour le pratiquer depuis trois ans, à raison d’une fois par semaine durant une heure et demie. "C’est un lieu où j’ai retrouvé beaucoup de vie. Je travaille sur un projet de monologue sur le sujet. J’y aborderais mon histoire par rapport à la boxe. Je n’aime pas particulièrement frapper, je suis plutôt douce, mais cela aide à se concentrer et à canaliser les énergies", analyse celle qui a beaucoup lu sur le sujet et qui ne tarit pas d’éloges sur "Million Dollar Baby" de Clint Eastwood.

"Les beaux jours", 1CD (Cricket Hill Music/V2). En concert le 31 mars au Botanique (Rotonde). Infos : www.botanique.be.