Musique / Festivals

Valparaiso – issu de l'espagnol "Valle paraíso" pour "Vallée Paradis" – est le nom d'un port et d'une ville du Chili. C'est aussi le nom d'un projet musical dont les premiers remous nous atteignaient il y a déjà deux ans, et dont le ressac vient nous heurter à nouveau. En 2008, Hervé et Thierry Mazurel, membres du groupe Jack The Ripper, voient leur frangin-chanteur bifurquer et décident dès lors de porter un nouveau projet, les Fitzcarraldo Sessions. Plutôt que de remplacer Arnaud au micro, le duo s'entoure d'autres musiciens et convie des voix de haut-vol à l'envi. De cette idée naîtra "We Hear Voices!" en 2009, avec la participation de Stuart Staples (Tindersticks), Joey Burns (Calexico), Craig Walker (Archive), Blaine Reininger (Tuxedomoon), Syd Matters ou encore Dominique A. Dream team sur plaque élégante.


Six ans plus tard, c'est à l'arrivée – pourtant estivale – du EP "Winter Sessions", le 8 juin 2015, que l'on entend à nouveau résonner la basse et la guitare des frères Mazurel. Avec une équipe quelque peu réaménagée et un projet rebaptisé Valparaiso, qui compte désormais dans ses rangs Matthieu Texier (Les Hurleurs), le batteur Thomas Belhom (Amor Belhom Duo) et le violoniste Adrien Rodrigue (vieille connaissance de l'époque Jack the Ripper). La promesse est belle, un album est annoncé pour l'hiver suivant… Mais rien.


Le Valparaiso nouveau est arrivé

Soudain, en septembre 2017, voilà que débarquait "Broken Homeland", premier véritable album de Valaparaiso donc. Un disque enregistré, mixé et produit par le sorcier anglais John Parish (orfèvre du son de PJ Harvey, Eels, Tracy Chapman, etc.) il y a trois ans, dont l'artwork aux lueurs diaphanes semblait comme égaré au milieu des centaines de CDs atterris à la rentrée. Un disque intense et conséquent, qui génère en pagaille images et sentiments. Un disque qu'il aura fallu découvrir et apprivoiser doucement.

Ce sont, nous dit-on, le travail du photographe Sergio Larrain et un documentaire nommé "A Valparaiso" (du tandem Joris Ivens/Chris Marker) qui furent à la base de ce projet, plus que jamais traversé par le 7e art et la photographie. C'est à Richard Dumas et Amaury Voslion qu'a ainsi été confiée l'importante mission de clipper les morceaux, ce qu'ils firent déjà pour trois, en clair-obscur. Mais si la vue est belle, la musique est souvent sublime. Entre envies rock et âme folk, horizon poussiéreux et verbe doucereux, virée nocturne et aurore lumineuse, coin du feu et début d'incendie… D'une quiétude que seule l'électricité se permet de déranger.


D'entrée la voix ténébreuse d'Howie Gelg (Giant Sand) surgit sur les premières cordes pincées de "Rising Tides". Comme le narrateur d'un western-spaghetti à l'issue fatale, auquel répondrait celle féline et indomptable de Phoebe Killdeer, d'ordinaire fée de Nouvelle Vague. Derrière, la chanteuse franco-américaine de Moriarty, Rosemary Stanley, fait l'inventaire de ses souvenirs en regardant défiler le paysage, blottie entre une gratte et quelques éclats de pianos. Puis, le vent se lève et la guitare se dresse sous les mots incendiaires de Shannon Wright la guerrière, implorant que l'on brûle son corps sur le champ de bataille en dix petits vers… La furie d'Atlanta réapparaîtra plus tard pour une autre tournée de frissons et d'incantations sur "The River".


"Blowin by the Wind" sera l'occasion de retrouver une vieille connaissance. L'on y reconnaît à la seconde le timbre singulier de Marc Huyghens, jadis magicien de Venus et plus récemment de Joy, qui signe ici un titre qui lui ressemble, dans le fond, la forme et le ton. Plus loin, Josh Haden, leader de Spain, nous conte fleurette au fil d'une quasi berceuse de crooner bien nommée "Constellations", avant de laisser les seuls instruments du gourou John Parish et Christine Ott occuper l'espace sur le titre-éponyme deux-cent vingt secondes durant. Julia Lanoë, moitié du duo nantais Mansfield Tya, dégaine en fin de parcours la première chanson en français, décrivant un "Septième jour" quelque peu angoissant d'une voix qui rappelle celle de Françoiz Breut et d'une plume que ne renierait pas Brigitte Fontaine. Enfin, c'est au maître des mots Dominique A que revient la conclusion. Balayant la digue et nos derniers remparts de ses "Marées Hautes" en douleurs et d'une houle coléreuse.


Enfin, comme une bonne nouvelle n'arrive jamais seule, on apprend que Sammy Decoster, proche de la bande, est plus que pressenti pour porter les chansons de ce "Broken Homeland" en tournée.

> 1CD (PiaS/Maelström/Zamora).