Musique / Festivals

En mai 1999, Vladimir Sverdlov avait 23 ans. Il s'en vint à Bruxelles pour le Concours Reine Elisabeth (piano) et suscita, dès sa première apparition, l'étonnement, l'émotion, la reconnaissance: romantisme que seule la Russie peut encore s'offrir aujourd'hui, jeu éminemment personnel, sensible et maîtrisé, impulsivité grisante - mais non sans risque. Le concerto imposé l'assommait, il ne l'envoya pas dire, et sa prestation boudeuse et brouillonne le rétrograda à la 6e place des lauréats. Nouvelles bouderies, sous le coup d'un coup de trop, excuses à la Reine aux petits matins dégrisés, réconciliation avec le Concours, pacte d'entente enfin, avec cette bonne ville de Bruxelles et ses joyeux habitants. Voilà pour les rétroactes.

Cinq ans plus tard, le jeune pianiste tente dans cette même ville un coup audacieux: improviser un concert selon l'état d'esprit et l'humeur d'un moment, en dehors de toute série et de tout circuit, sauf celui de la musique elle-même, des musiciens et des amis, mis en connexion directe avec le public. On fait marcher le tam-tam: «c'est le 15 avril que ça se passe, soyez au Conservatoire pour écouter Vladimir, ça bouge à Bruxelles!».

Vladimir, lui, distribue ses regards d'encouragements (de dessous les larges bords de son chapeau...) tout en menant campagne: «nous sommes nombreux à penser que la nature même de la musique est incompatible avec la façon dont les concerts sont organisés. Je ne sais pas du tout qui je serai dans deux ans, ni ce que j'aurai envie de jouer. Par contre, je voudrais pouvoir jouer au moment où je m'en sens la force et l'inspiration, et jouer pour d'autres publics que ceux des circuits traditionnels.»

Dans cette perspective, le pianiste et quelques amis ont fondé la «Schwarzstein Arts Production», une association centrée sur la musique classique mais visant la promotion de l'art en général, un art que Svlerdlov ne voit pas comme un luxe, ni comme une activité enclavée dans des circuits spécialisés mais comme quelque chose d'aussi indispensable que l'air qu'on respire, une dimension qui doit faire partie de la vie de tous les jours et de chacun.

«Dans les deux villes où nous sommes implantés, à Moscou et à Londres, ça marche très fort. Mais le concept implique qu'on ne peut pas multiplier les concerts, il faut qu'à chaque fois, l'annonce soit une surprise et fasse l'événement. Du côté des musiciens aussi, le concert doit avoir un caractère d'exception, d'urgence, de risque.»

A Isabelle

Pour cette première «urgence à Bruxelles», Vladimir Sverdlov a choisi un programme selon son coeur:

«la première partie du récital est dédiée aux enfants, le climat sera printanier, pastoral, avec la paisible Sonate n°10 de Beethoven, et douze pièces issues de l'Album pour la Jeunesse de Schumann enchaînées sans interruption avec 5 Romances sans paroles de Mendelssohn (la dernière pièce de Schumann a été écrite le jour de la mort de Mendelssohn et lui est dédiée); en deuxième partie, aussi sombre que la première est lumineuse, ce sera la Sonate de Liszt, une oeuvre que j'aime pour son incroyable énergie, trente minutes de musique sans interruption mais avec des pauses et des silences pleins de tension. Point commun de toutes les oeuvres de ce programme: elles se terminent au bord du silence.»

La raison de la dédicace ? «Je voudrais voir comment les enfants réagissent à ce programme imaginé pour eux. Et sans doute suis-je plus sensible à la question depuis l'arrivée de ma fille Isabelle, née il y a quatre mois...»

Au Conservatoire de Bruxelles, le jeudi 15.04.2004à 20h - 02 507 82 00 - www.ticketclic.be - www.artsproduction.org2,50 € pour les moins de 12 ans.

© La Libre Belgique 2004