Musique / Festivals

Il était dit que cette tournée africaine était celle de tous les dangers pour Stromae. Toutes les informations recueillies vont dans le même sens : l’artiste bruxellois a craqué. Il fait une dépression nerveuse. L’accumulation de stress et certaines contrariétés sont à l’origine des problèmes de santé avancés ces derniers jours par les organisateurs du concert de Kinshasa et la production de l’artiste pour expliquer l’annulation des concerts programmés jusqu’au 2 août à Kigali, en Europe et en Amérique du Nord.

Un défi personnel et technique

Il est vrai que cette première tournée africaine était un défi personnel pour le chanteur bruxellois. Il partait sur les traces de son père rwandais tué pendant le génocide de 1994. Un déplacement dont il n’a peut-être pas tout à fait mesuré la charge émotionnelle. Invité sur le plateau de la télévision ivoirienne RTI le 22 mai, on a pu le voir fondre en larmes lorsqu’il s’est agi d’évoquer les massacres commis au Rwanda. Une image qu’on n’a pas eu l’habitude de voir ici en Belgique ou ailleurs en Europe et en Amérique du Nord.

Cette tournée était également un défi technique. Le chanteur a voulu proposer au public des huit villes visitées sur le continent africain un show identique à ceux qu’il donne chez nous. C’est évidemment tout à son honneur et la preuve qu’il prenait très à cœur ces prestations. Mais ce n’était pas non plus sans dangers. "Ce devait être du jamais vu à Kinshasa", nous a confié un interlocuteur privilégié dans la capitale congolaise. L’installation technique nécessitait donc du temps et ne pouvait pas souffrir le moindre retard.

Œil pour œil

À toutes ces tensions sont venus s’ajouter d’autres stress. Le problème de visa que nous évoquions dès vendredi sur notre site Internet est avéré. Il ne concernait pas Stromae - il avait le sien et était présent sur le bateau jeudi matin pour traverser le fleuve Congo pour se rendre à Kinshasa - ni ses musiciens, mais bien l’équipe technique qui l’accompagne : six ressortissants Français et un Sénégalais. Ils ont été victimes de la réciprocité diplomatique. Depuis des années, les pays européens ont durci leur politique de visa vis-à-vis de plusieurs pays africains, dont le Congo. En particulier à l’encontre des artistes soupçonnés de favoriser l’immigration clandestine. Les Congolais ont fait de même dans l’autre sens. Œil pour œil, dent pour dent. Un couac qui a visiblement très fort contrarié Stromae qui est retourné à son hôtel à Brazzaville avant de quitter le pays.

Une pression inimaginable

Par ailleurs, Stromae savait qu’il n’était pas forcément le bienvenu au Congo. Il en avait été informé par son frère. Selon nos informations, les menaces sur sa famille évoquées dans notre édition de samedi sont également avérées. Jeannot Kabuya, porte-parole des "Combattants" à Bruxelles, a apporté un démenti catégorique lundi, affirmant que les "Combattants" soutiennent Stromae en tant qu’ambassadeur de la paix et de la multiculturalité. Mais il convient de rappeler que ce mouvement n’est pas unifié. Les menaces peuvent provenir d’autres branches des "Combattants".

C’est l’accumulation d’une pression que nos interlocuteurs qualifient d’inimaginable qui justifie non seulement l’annulation du concert de Kinshasa, mais aussi de ceux qui suivent jusqu’au 2 août. Il n’est pas non plus exclu qu’à cela s’additionne un problème lié à un traitement préventif antipaludique.