Musique / Festivals

La culture de la célébrité et la dictature de l’émotion évoquées par Yves Bigot ont encore de beaux jours devant elles. Après ce que nous avons connu cette année, on en vient à se demander quel engouement suscitera le décès de certaines stars façonnées à grands coups de clips vidéo et de vues sur les réseaux sociaux. Et, surtout, quelle place leur accorder dans les médias.

Si, dans les années 50-60-70, il revenait à la radio de fabriquer les stars, d’autres ont depuis pris le relais avec des leviers incomparablement plus puissants.

Le 1er août 1981, MTV ouvre le bal et surtout son robinet pour déverser jusqu’à plus soif, 24 heures sur 24, ses clips musicaux. Le premier d’entre eux est une prophétie : "Video Killed The Radio Star" des Buggles. Les patrons de la chaîne ont vu juste. S’ils n’ont pas enterré la FM ou les longues ondes, ils se sont approprié le beau rôle, celui de faire les stars de l’industrie musicale. Tout le monde veut apparaître dans la petite lucarne, à commencer par les maisons de disques qui vont jusqu’à payer pour la diffusion de leurs poulains. Mark Knopfler a résumé la situation en ces mots dans l’introduction du tube "Money For Nothing" de Dire Straits : "I want my MTV".


Les poules aux œufs d’or

Deux décennies durant, la chaîne va faire la pluie et le beau temps en fabriquant nombre de vedettes. On pense aux Spice Girls ou à Britney Spears, par exemple. Signe des temps, elle a même créé ses propres trophées en 1984, les MTV Music Awards. Reste à savoir quelle place accorder dans l’histoire de la musique à ces purs produits fabriqués. Certains s’en sont tirés avec plus que les honneurs, d’autres prêtent certainement à discussion.

La question sera encore plus épineuse avec celles et ceux que les réseaux sociaux auront érigés au rang de méga star. Parce qu’après la domination de MTV, ce sont eux qui ont pris le relais. En particulier YouTube. C’est aujourd’hui un réservoir dans lequel les maisons de disques puisent allègrement leurs prochaines poules aux œufs d’or, les Fréro Delavega et leurs 800 000 "j’aime" ou encore le "Gangnam Style" du Sud-Coréen Psy avec ses 2,7 milliards de vues sur YouTube.