Musique / Festivals

Une belle séquence “émotion” aussi avec le concert jubilatoire d’Arcade Fire.

Les méga-festivals, obligés d’aligner les têtes d’affiche en tous genres pour assurer leur statut, ont depuis longtemps fait une croix sur la cohérence de leur programmation. L’exception à cette règle était fournie par la journée de dimanche, à Werchter, sur la “Main stage”, avec un rock’n’roll plus que jamais à l’honneur. Sur le coup de 14 heures, le duo Black Keys prend possession de la scène. Avec “Brothers”, les Américains viennent de sortir l’un des meilleurs albums rock de cette première moitié de 2010. Ils commencent cependant par quelques chansons plus anciennes de blues primal, mais pas primaire. Pour les nouveaux morceaux, un bassiste et un organiste rejoignent le guitariste/chanteur et le batteur. Si le son s’éloigne un peu du blues pour toucher à vingt ans de rock indépendant américain, l’énergie est toujours aussi brute.

Plaisir électrique toujours mais régressif avec le grunge orienté métal d’Alice in Chains, qui nous ramène 15 ans en arrière. Avec Them Crooked Vultures, c’est plutôt le privilège de voir réunie une telle brochette de musiciens qui l’emporte, même si, de temps en temps, on est pas loin de la démonstration de virtuosité gratuite. En fin de soirée, enfin, Pearl Jam était chargé de mettre un point final à l’édition 2010 de Rock Werchter. Chose que la bande à Eddie Vedder assure dans la tonalité du jour, pied au plancher et toutes guitares dehors. Sans parler de la qualité de la prestation, une bonne habitude du groupe, c’est surtout une étrange impression qui nous a occupé durant tout le concert. Même charisme, même humanité, même respect du travail bien fait et donc du public : et si Eddie Vedder était tout simplement l’héritier naturel de Bruce le Boss ?

Peut-être avons-nous été troublé par l’entrée sur scène, quelques heures plus tôt, de Vampire Weekend au son de “Born in the USA” (fête nationale oblige). Un quatuor qui a parfaitement joué son rôle de pause décalée entre deux murs du son. Sur scène, leur pop guillerette prend une autre ampleur en se livrant moins proprette que sur album. L’autre incursion moins rock de la journée était le fait d’Arcade Fire, dont le concert était très attendu, comme l’album qui sort début août. Par rapport à leurs débuts, la magie de la découverte n’est évidemment plus là, toutefois le chant choral et les compositions épiques, et plutôt enlevées pour les nouveaux morceaux, sont toujours présentes et jouent leurs rôles de moteurs à émotion. L’euphorie quand le groupe, à six voire sept en front de scène, s’emballe; l’empathie quand le ton se fait plus doux. Les Canadiens restent un groupe à part.

On s’en voudrait de terminer sans signaler que la plupart des artistes de la journée ont salué – et ils avaient l’air chaque fois sincère – l’enthousiasme d’un public qui sait porter les groupes vers les sommets. Au-delà du grand barnum, c’est aussi ça, Werchter.

© La Libre Belgique 2010