Politique

La ministre de la Culture commente sa rencontre avec Françoise Nyssen et les conséquences de la crise belge.

Chaque année, le Festival d’Avignon est le rendez-vous des ministres de la Culture. Françoise Nyssen, la nouvelle ministre française est venue mais a créé la douche froide en ne pouvant pas confirmer devant les acteurs de terrain, la promesse faite par Macron de « sanctuariser » le budget de la Culture et en ne pouvant pas démentir qu’il y ait éventuellement de nouvelles économies.

Alda Greoli, sa collègue belge, était présente pour suivre des spectacles du Off et du In (« Antigone » qu’elle a beaucoup aimé) et rencontrer les gens de théâtre.

Les deux ministres se sont vues vendredi soir.

Nous avons interrogé ensuite Alda Greoli dans le jardin du théâtre des Doms.

« Ce fut une belle rencontre car elle veut se battre pour des sujets comme les nôtres. On a parlé de l’alliance culture-école et de remettre l’art au coeur de l’enseignement. Nous voulons le faire avec le « peca », « parcours éveil culture et artistique », qui se trouve dans le pacte d’excellence et dans « Bouger les lignes ». Elle veut le faire avec le « peac », « parcours d’excellence art et culture ». Nous voulons toutes les deux, depuis la maternelle jusqu’à la fin du secondaire, donner aux enfants l’envie d’avoir envie. Le rapport à l’art, appris tôt (ce sera dans la formation des enseignants), a une grande importance sociale. C’est un terreau. La culture ne peut arrêter l’extrême droite quand elle est en place mais elle peut empêcher son apparition. Je connais bien les politiques de santé et là aussi, je sais que les gens qui sont en rapport avec le beau se sentent mieux. »

Autre sujet de convergence: le projet de prix unique du livre qui va terminer en novembre son parcours au Parlement de la Communauté. « Contrairement à ceux qui disent que cette idée fâche la France, Françoise Nyssen s’est dite ravie de ce projet.» Ensemble, les deux ministres porteront aussi au niveau européen, les dossiers d’espace culturel et de libre circulation des artistes.

Une semaine de rabiot

Mais Alda Greoli sera-t-elle encore en place après la crise actuelle déclenchée par Benoît Lutgen? Et la crise va-t-elle retarder le dossier si important des 300 demandes de contrats-programmes en art de la scène?

« J’ai accordé aux instances d’avis une semaine de rabiot pour rendre leurs rapports sur ces demandes, mais cela ne change rien au timing malgré la difficulté de trancher dans des demandes qui sont à 150 % du budget actuellement disponible. Les décisions seront prises en octobre selon les critères du décret qui s’applique quel que soit la majorité. »

Elle espère qu’Ecolo se joindra à une majorité CDH-MR: « Je suis à 200 % derrière Lutgen. L’affaire du Samusocial, c’est le lac qui fait déborder le vase. Je suis en colère quand j’évoque cela. Car les idées du socialisme sont souvent belles comme l’est l’indispensable initiative publique. Je suis une fanatique de la liberté d’association et d’entreprendre mais l’Etat est parfois le seul à pouvoir prendre quelque chose en charge. Or ces idéaux sont mis à mal par quelques uns qui alimentent les pires populistes et donnent prétexte au fédéral pour démanteler la sécurité sociale. Il n’y a pas que cela. Un exemple, j’attend depuis six mois que la ministre de l’Emploi Eliane Tillieux fixe un rendez-vous pour un dossier important. Qu’on arrête alors de dire que ce serait le chaos sans eux. »

Mais quid avec le MR dont les thèses culturelles définies au centre Jean Gol, sont très, très libérales et d'autre part quid des postes en culture occupés largement par le PS? « Oui, 80 à 90 % de postes sont, dit-on, PS, mais j'attends que tous travaillent dans l’intérêt de l’Etat et soient soucieux d’utopie sociale. J’ai déjà vérifié à tous les niveaux de pouvoir que la majorité (comme Frédéric Delcor, le secrétaire général) le sont et n’agissent pas d’abord comme militants. »

Et si le MR veut « rééquilibrer » par exemple les contrats-programme? « Pour tous c’est pareil, iI faut arrêter que le pouvoir soit contaminé par les politiques communales. Le seul intérêt qui doit prévaloir est celui de la Communauté française. »