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Budget

Laanan : "Pas de vision catastrophique !"

Guy Duplat

Mis en ligne le 07/10/2009

Budgets bloqués, économies : quel sort pour la Culture ? La ministre Fadila Laanan, reconduite, répond et veut rassurer malgré tout.
Entretien

Fadila Laanan, la ministre de la Culture, de l’Audiovisuel, de la Santé et de l’Egalité des chances de la Communauté française a eu la grande surprise, en juillet dernier, de se succéder à elle-même. Une première pour une ministre de la Culture. Mais, cette fois, dans un contexte de crise budgétaire. Elle s’exprime ici, pour la première fois, depuis les élections sur ses objectifs culturels.

Vous êtes la première ministre de la Culture à avoir été reconduite après un premier mandat.

Le 15 juillet, j’avais ramassé toutes mes affaires. Cela paraissait inimaginable d’être reconduite comme ministre, et encore plus, à ce poste. Même si j’avais le sentiment d’avoir pu terminer mon mandat la tête haute en ayant pu refinancer le secteur et renouer le dialogue avec les opérateurs culturels. Si je suis reconnaissante pour la confiance dont a témoigné à mon égard mon président, je sais que le défi est énorme et qu’il ne s’agira pas de s’endormir sur ses lauriers. J’ai participé à la rédaction de la déclaration de politique communautaire dans laquelle 40 pages concernent mes compétences culturelles et audiovisuelles, soit un cinquième de toute la déclaration. Les choses ont été inscrites dans les détails. La tâche sera rude, mais les acteurs culturels me connaissent, la confiance existe, même si parfois le dialogue reste difficile.

Une chose a radicalement changé, c'est le budget. Votre premier mandat bénéficia d'une forte embellie budgétaire, le nouveau commence dans la dèche.

On a pu refinancer la culture de plus de 43 % sur la précédente législature, C’est énorme. Ici, tout change à cause des spéculations scandaleuses qui ont obligé les pouvoirs publics à intervenir. Nous avions prévu un budget Culture 2009 en hausse de 2,7 %. On a dû le ramener à un budget à croissance nulle, sans indexation. Tous les opérateurs culturels sous contrats-programmes ont vu leur indexation 2009 supprimée. Il était même prévu de faire en plus 4 millions d’euros d’économies dans l’Education permanente, mais j’ai pu utiliser 2,7 millions de marges et on m’a supprimé le reste de cette économie à faire. On a aussi décidé un moratoire de 2,5 millions d’euros sur les investissements à répartir de 2010 à la fin de la législature (sur un total d’investissements prévus de 16 millions d’euros).

Douloureux ?

Bien sûr. Beaucoup d’opérateurs auront de grosses difficultés sans cette indexation. Et 2010 s’annonce également difficile. On ne va pas mentir aux gens, il faut dire qu’on aura deux ans difficiles et qu’après on espère une embellie. Mais il faudra déployer pour passer ce cap, beaucoup de créativité. Je pense, par exemple, à reporter d’un an la bibliothèque de Molenbeek, ou à reporter le projet de "batellerie" à Namur, pour nous donner du mou.

Les opérateurs qui n'ont pas pu finaliser leurs nouveaux contrats-programmes à temps (le BPS22, le théâtre de l'Ancre, etc.) se retrouvent-ils le bec dans l'eau, sans augmentations possibles ?

Je ne veux pas être pessimiste, ni donner une vision catastrophique de l’avenir. Il faudra inventer et si beaucoup ont déjà pu bénéficier d’aides, je ferai le maximum pour aider et reconnaître, à leur niveau, les opérateurs qui font des missions de service public.

Proportionnellement, l'Ecole fera beaucoup moins d'économies (les indexations et les hausses sont garanties). Est-ce parce que les professeurs ont manifesté fort et vite, contrairement au secteur culturel ?

Non. Il y a des économies décidées pour tous, et elles se feront. Peut-être que, proportionnellement, l’enseignement cède moins, mais c’est dû à la structure rigide de ses coûts. Et je peux vous dire, par exemple, qu’un secteur comme la RTBF doit faire des économies très fortes. Il est faux de dire que ceux qui vont en rue seraient immunisés d’économies.

Frédéric Mitterrand, votre homologue français, peut présenter, lui, un budget de la Culture en hausse notable.

Je ne sais pas comment il fait, mais moi, je veillerai à ce que ce budget ne mette pas en péril la politique culturelle de service public. Il faut juger d’un budget Culture en étudiant tous les niveaux de pouvoir si on veut comparer à la France. Je prône un renforcement des synergies entre entités. J’aimerais que Didier Reynders, au fédéral, étende le tax shelter à d’autres domaines que le cinéma, comme il l’avait promis. On va renforcer les accords avec les deux régions qui ont déjà montré leurs fruits comme les "maisons-villages" cofinancées par la région wallonne et la Communauté et qui servent de lieu culturel dans de petites entités.

Avec la Flandre aussi ?

Je voulais enfin signer l’accord de coopération avec Bert Anciaux. On y était presque. J’espère réussir avec la nouvelle ministre de la Culture, Joke Schauvliege. Je me suis sentie proche d’elle quand elle a subi, à sa nomination, des sarcasmes et une sorte d’ostracisme, comme j’en avais connus à ma nomination et venus du secteur culturel, parce qu’elle ne venait pas du sérail !

Compte tenu du cadre budgétaire étroit, quelles sont vos priorités ?

Appliquer la déclaration gouvernementale, très précise. Et j’espère que nous pourrons sortir vite de cette crise. Je veux d’abord travailler encore sur l’accessibilité à la culture (mesures tarifaires, gratuité à étendre et à faire mieux connaître, culture à l’école). Quand on aura des moyens, je voudrais aussi aider des secteurs comme l’architecture, les arts plastiques et le design trop peu aidés, ces dernières années.

Malgré la crise, on continue à financer Mons 2015, capitale de la Culture ?

Il y a un accord clair et on l’appliquera. Je rappelle les montants : 100 000 euros en 2006 et 2007, un million en 2008, 500 000 euros en 2009 et 3,2 millions à attribuer entre 2010 et 2013, selon un calendrier à prévoir. Contrairement au fantasme d’aucuns, tout ne va pas à Mons ! Et revoir ces montants à la veille de la réunion du jury international sur la candidature de Mons serait suicidaire.

Un long chapitre de la déclaration gouvernementale, poussé par Ecolo, a trait à la bonne gouvernance.

Je n’ai pas attendu ce parti pour œuvrer à cela : j’ai mis en ligne les conventions par souci de transparence, j’ai revu les dispositifs des commissions d’avis et leur ai demandé de présenter un bilan public de leur action, etc. Mais on ira plus loin. On réfléchira aux incompatibilités, à la suppression des cumuls, à éviter les conflits d’intérêt. Même des sujets apparemment tabous, comme des directeurs nommés à vie, seront revus dans le cadre du renouvellement des contrats-programmes. Ces règles donneront un souffle d’air frais.

On met en cause l'utilisation peu claire des crédits Loterie nationale, la "cassette" du ministre, ou les choix très PS, des "métropoles culturelles" ?

C’est faux. Les crédits loterie sont souvent intégrés aux contrats-programmes (Halles, ORW, etc.) ou sont attribués pour soutenir de nouvelles initiatives, mais alors en accord avec le gouvernement. Quant au choix des métropoles culturelles wallonnes, on a mis en cause mon ancien chef de cabinet, parce qu’il venait de La Louvière, mais le choix de Liège pour 2010 et La Louvière en 2012, s’est basé sur un appel à projets et un jury indépendant.

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