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Richard Miller: "La culture, aussi aux Régions"

Guy Duplat

Mis en ligne le 26/05/2011

La Communauté française devient la Fédération Wallonie-Bruxelles. Richard Miller (MR) analyse les conséquences pour la culture.
Entretien

Mercredi, par un vote au Parlement de la Communauté française, celle-ci est devenue la "Fédération Wallonie-Bruxelles". Simple changement de nom ? Richard Miller (MR), ancien ministre de la Culture et de l’Audiovisuel, actuel député régional et communautaire, et sénateur de Communauté, ne le pense pas. Cela aura a inévitablement des conséquences sur la culture, dit-il, et il convient de réfléchir à donner aussi aux Régions - en plus de l’ex-Communauté - des pouvoirs culturels. Il s’explique.

"La nouvelle organisation partira de deux entités fortes - les Régions - avec une coupole, ou une passerelle, pour définir des politiques communes dans l’intérêt de tous. Certes, on vise d’abord les politiques régionales et on devra trouver un lieu pour les accorder. Et par exemple, pour y discuter des conséquences du RER. Mais je suis sûr que si on met en place un tel système de concertation où les Régions acceptent de mettre en commun leurs compétences exclusives et qu’au même moment, elles n’auraient rien à dire à la culture alors qu’elles la financent déjà largement par ailleurs, cela ne tiendra pas six mois. Et les Régions demanderont à avoir la culture. Nous devrons donc dès maintenant réfléchir à bouger aussi sur les compétences communautaires."

Richard Miller ne veut pas priver la Communauté actuelle de ses compétences. Pas question pour lui de "régionaliser la culture", mais il constate que le budget étriqué de la Communauté (conséquence, rappelle-t-il, d’une mauvaise loi de financement en 1989) la confine à "doter la RTBF et à répartir les subsides culturels, c’est tout". "La Communauté française est dépassée dans les faits par ses moyens limités et doit déjà largement faire appel aux Régions pour lancer des initiatives."

Il cite bien sûr le cas de "Mons 2015, capitale européenne de la culture", la plus grande initiative culturelle du moment, pour laquelle la Région wallonne donne des montants très importants (plus d’un million d’euros par an). "La Région y participe, mais ne peut le faire que sous couvert du tourisme et du développement économique, puisqu’elle n’a pas de compétences culturelles. Et elle n’a rien à dire sur le projet lui-même. Cela pose d’autant plus problème que la culture a, aujourd’hui, une dimension économique indéniable."

Il cite aussi le cas de Wallimage, créé par la Région wallonne pour soutenir le cinéma et qui connaît un succès certain. "La Communauté française n’arrive plus à s’imposer comme étant le cœur des politiques culturelles."

De plus, fait remarquer l’ancien ministre, il manque dans les politiques culturelles de la Communauté une dimension proche des Régions et de leurs populations. "L’œuvre de Jean Louvet a été mise au placard car trop spécifiquement wallonne", prétend-il. "La Wallonie est souvent présentée négativement alors qu’elle pourrait vendre ses atouts culturels, de Wallimage et Mons 2015 jusqu’à Louvet et aux frères Dardenne, et cela vaut aussi, bien sûr, pour Bruxelles."

La solution si on ne veut ni fusionner tout, ni régionaliser la culture ? Pour Richard Miller, il ne faut rien enlever aux compétences ni aux budgets communautaires, mais ouvrir les Régions aux compétences culturelles en parallèle avec la Communauté. Les deux Régions pourraient prendre des initiatives en culture dans tous les domaines.

Mais ne risque-t-on pas alors, la pagaille, le désordre, et d’avoir trois ministres de la Culture, un communautaire et deux régionaux ? "Non, répond Miller, surtout pas. Cela doit se faire dans le cadre d’une collaboration étroite entre tous et dans un système qu’il convient de soigneusement préparer. Il faut penser globalement le projet, et avoir des mêmes ministres dans les différents gouvernements comme cela se fait aujourd’hui."

Construire, en quelque sorte, un couple étroitement uni, mais où chaque partenaire a aussi la possibilité de développer sa propre personnalité. Difficile ? "Sans doute, mais le cas de WBI, Wallonie-Bruxelles International qui réunit les compétences internationales de la Région wallonne et de la Communauté française, montre que cela peut marcher."

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