Abonnez-vous a La Libre Belgique

Fadila Laanan: "Quasi un accord avec la Flandre"

Guy Duplat

Mis en ligne le 13/09/2011

Fadila Laanan, ministre de la Culture, parle d’un budget culturel de rigueur, mais pas de coupes sombres. Elle est très déçue d’avoir raté, d’un cheveu, un accord culturel avec la Flandre en juin dernier.
Entretien

Les Pays-Bas annoncent des budgets culturels en baisse de 30 %. En Grande-Bretagne, c’est à peine mieux. En Italie, aussi. La culture est-elle menacée par la crise financière des Etats ? Pour la rentrée culturelle, nous avons interrogé Fadila Laanan, ministre de la Culture de la Fédération Wallonie-Bruxelles (elle insiste pour porter ce titre et plus celui de Communauté française) depuis 2004.

"Contrairement aux pays que vous citez où il y a effectivement des coupes sombres, nous avons réussi à maintenir un budget culturel, fût-il de rigueur, évitant l’austérité. J’avais eu la chance, avant 2009, de bénéficier d’augmentations substantielles. Depuis 2009, nous avons travaillé à des économies (moratoire des infrastructures, économies de 2,7 millions sur l’éducation permanente, non-indexation, grosse économie demandée à la RTBF, etc.) qui nous permettent aujourd’hui de ne pas souffrir exagérément, même si nos budgets n’augmentent pas. Cela signifie d’être extrêmement attentifs à la bonne gestion de toutes les institutions que nous subsidions. Cela nous a conduits par exemple à arrêter de subventionner l’Atelier d’art 340 à Jette qui avait accumulé un million d’euros de dette, soit plusieurs années de subsides. Il faut la rigueur dans la gestion. Mais vous avez vu qu’on a pu éviter des mouvements d’indignés dans le secteur de la culture."

Mais on annonce des temps très difficiles.

Il faudra, bien entendu, attendre le résultat des négociations au fédéral et voir l’effort qui pourrait être réclamé à la Fédération Wallonie-Bruxelles. Il faudra peut-être être plus scrupuleux encore. A l’heure où de plus en plus de gens ont des difficultés à nouer les deux bouts, la culture ne peut trop réclamer. Mais il n’y aura pas des diminutions de budgets de 10 ou 20 % et on ne devra pas arrêter un opérateur. On me dit parfois que cela donnerait une bouffée d’oxygène d’arrêter l’ORW à Liège, mais il n’en est pas question.

Va-t-on avoir en 2012 un gel à nouveau des indexations et des paliers ?

Le ministre du Budget, André Antoine, aimerait bien qu’on le fasse, mais je n’ai pas accepté et la discussion continue.

Guy Spitaels, ce week-end, parlait du “fatras d’institutions du côté francophone”. Ne faut-il pas rationaliser ?

Je comprends bien son analyse et nous sommes en train de préparer cette "rationalisation". Nous avons lancé un vaste travail, les "Assises du développement culturel territorial". Avec tous les partenaires publics et autres, nous étudions l’offre culturelle sur un arrondissement. On détermine les points forts, ce qui serait surnuméraire et les lacunes. Je l’ai fait déjà à Bruxelles et Namur et on commence à Thuin. Fin 2013, on aura une idée précise d’où il faut placer les efforts. Il ne s’agit pas de couper mais de voir où mettre l’accent.

Un exemple ?

Je prendrai ma commune, Anderlecht. On a vu que son maillage culturel était moins grand que Saint-Josse ou Molenbeek qui fait par ailleurs un formidable effort en la matière et qui est candidate au titre de métropole culturelle en 2014.

Comme vous n’aurez pas plus de moyens, il faudra davantage attendre des Régions. Richard Miller (MR) proposait de leur accorder alors aussi des compétences culturelles.

Non. Je suis opposée à cela. La Culture doit maintenir uni le lien Wallonie-Bruxelles. Mais, bien sûr, tous les partenaires doivent être associés au développement culturel d’une zone. Il faut renforcer les partenariats mais pas scinder. On a vu avec Flagey ou le projet "Start" d’aides aux initiatives culturelles que cette collaboration Fédération-Régions marchait très bien.

En juin, vous étiez tout proche d’un accord culturel avec la Flandre, comme on l’attend en vain depuis des années ?

Je suis très déçue. Avec ma collègue flamande Joke Schauvliege, on avait très bien travaillé. En juin, on était à deux doigts d’un accord. On avait pu éviter les tensions sur le principe de territorialité (NdlR : la Flandre ne veut pas que les francophones puissent aider des projets francophones sur le territoire flamand, comme la périphérie bruxelloise), en prévoyant une méthode plus concrète d’échanges d’informations, d’échanges d’agents de l’administration, de liens à l’international, de soutiens à des projets. On avait pu éviter les pièges et ce n’était pas un accord si "light" comme on l’a dit. Une liste de toutes les choses possibles était prête qui aurait permis de valoriser les coopérations entre les acteurs culturels de Flandre et de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Mais, en juin, un dossier totalement étranger à cela (le sort du jardin botanique de Meise qui ne dépend pas de moi, mais de Demotte) est venu polluer le débat. Mais peut-être Meise ne fut-il qu’un prétexte fallacieux pour que la Flandre ne signe pas cet accord estimant que le moment pour le faire était trop délicat ? Cela aurait pourtant été hautement symbolique dans les difficultés communautaires actuelles de voir les Communautés signer un tel accord.

Sur le même sujet:

Autres Informations

Facebook

À ne pas manquer

ESSENTIELLE

Retrouvez toute l'actualité féminine, mode et bien-être sur le site essentielle.be

Voyages

Destinations exclusives et parcours culturels.

Emploi

Trouvez un job

Haut de page