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pratiques culturelles
Enquête : quelle culture consommez-vous ?
Guy Duplat
Mis en ligne le 13/10/2009
Quelle culture consomment les Wallons et les Bruxellois ? La dernière enquête sur ce thème remontait à 1985. Depuis lors, le monde a changé. L’impact des nouvelles technologies (Internet entre autres) a bouleversé les pratiques culturelles. C’est pourquoi l’Observatoire des pratiques culturelles, dépendant du ministère de la Communauté française, a entrepris une nouvelle étude, réalisée fin 2007 par Ipsos, auprès de 2022 personnes de Wallonie et de Bruxelles (des entretiens en tête à tête chaque fois de 50 minutes) dont les résultats viennent d’être publiés par le courrier du Crisp. Ils ne manquent pas d’intérêt.
L’enquête étend de manière très large la notion de culture et inclut non seulement, la "culture cultivée" au sens de Pierre Bourdieu (par exemple, la fréquentation des musées et théâtres) mais aussi "le temps choisi" (le shopping, le tricot, les braderies, recevoir des gens chez soi). Le titre même de l’étude est révélateur puisqu’il parle de "pratiques et consommation culturelles". Elle veut par cela, déceler l’émergence de pratiques nouvelles, d’une part, et empêcher d’autre part, que les interviewés, faute de choix, ne "gonflent" leurs réponses concernant la "culture cultivée" pour se valoriser.
Michel Guérin, l’auteur de l’étude, insiste bien pour dire que cette étude, si elle peut participer à la définition d’une politique culturelle, "ne dit rien sur le sens, les attentes et les motivations qui amènent les individus à la pratique culturelle". Et Frédéric Delcor, secrétaire général du ministère, qui présentait l’étude, insiste pour dire qu’il ne s’agit pas d’une étude d’ "audimat" qui mettrait tout sur le même plan. La politique culturelle, a-t-il rappelé, doit "préférer les chemins de traverse aux autoroutes."
Voici quelques chiffres glanés dans cette vaste enquête.
D’abord, une définition de ce que sont les "loisirs". La majorité des gens répondent que c’est "faire ce qu’on aime sans se préoccuper des autres" (42 % des sondés, en baisse de 6 % par rapport à 1985), d’autres disent que c’est "chercher à retrouver et maintenir les traditions" (24 %, en baisse), mais on constate une très nette hausse des items qualifiant le but des loisirs d’"aller de l’avant, être en avance sur son temps", voire, "être à la mode".
Dans ses loisirs, l’interviewé cherche avant tout à "s’amuser, se faire plaisir" (44 %) avant de "s’enrichir intellectuellement" (16 %). Mais, notent les enquêteurs, "cette recherche du plaisir est d’autant plus forte que la catégorie sociale s’affaiblit. A l’inverse, l’enrichissement intellectuel et le perfectionnement caractérisent plutôt les classes sociales supérieures."
Quand on interroge les gens sur les équipements culturels, ils n’étaient que 7O % en 1985 à se déclarer satisfait. Ils sont aujourd’hui 94 % à estimer qu’il ne manque pas d’équipements collectifs. On peut en déduire que le réseau culturel et sportif est quasi saturé. A titre d’exemple, on peut rappeler qu’il n’y avait encore que 56 centres culturels en Communauté française en 1985 et qu’ils sont aujourd’hui 116, soit un doublement en 24 ans !
La première occupation extérieure des sondés est le lèche-vitrine qui concentre 88 % de la population francophone soit une progression de 24 % par rapport à 1985 et c’est avant tout (92 %) une activité féminine. Flâner dans les brocantes et les marchés aux puces est une seconde activité fort prisée (65 % de pratiquants, soit une hausse de 13 %).
En ce qui concerne la fréquentation des institutions culturelles, on voit une hausse importante de la fréquentation des festivals (passant de 20 à 34 % des sondés disant y avoir été au moins une fois dans les douze mois précédents), et une hausse de la fréquentation des concerts rock. Les concerts de musique classique gardent une cote constante (20 % des gens disent avoir assisté à au moins un concert en un an).
Comme en 1985, les femmes sont plus nombreuses au théâtre que les hommes (37 % par rapport à 31 %) et y vont plus régulièrement. La fréquentation des arts du vivant ne change pas avec l’âge, mais est par contre, très liée aux catégories sociales.
Dans les arts visuels, c’est sans surprise, le cinéma qui l’emporte, avec 69 % des gens ayant été au moins une fois au cinéma, dans les douze mois précédents (9 % de plus qu’en 1985). Par contre, de manière inexpliquée (Michel Guérin croit qu’il y a un "bug"), la fréquentation des musées et des expos serait en nette baisse. Ici aussi les femmes sont bien plus "consommatrices" culturelles que les hommes.
Sans surprise non plus, on remarque l’émergence irrésistible d’Internet qui concerne 55 % des gens qui, en moyenne, s’y connectent 3 h par jour. Par contre, la lecture est en forte baisse. A nouveau, les femmes lisent nettement plus de livres que les hommes (8,1 livres par contre 6 livres par an) et le différentiel social est extrême (10,8 livres par an pour les sondés sortis de l’enseignement supérieur contre 3,6 livres pour ceux qui n’ont terminé que leurs primaires).
Qu’en conclure ? Il est difficile de faire de cette étude la base d’une politique culturelle car elle ne fait pas de différence entre divertissement et culture, entre loisirs et art, entre la lecture de Marc Levy et celle de Philip Roth. Or, la politique culturelle sert à jeter des ponts entre des créateurs singuliers et éclairants et un large public. C’est au niveau de l’école, du soutien aux créateurs, de l’accessibilité à la "culture cultivée" qu’on peut juger d’une politique. Mais Michel Guérin reste inquiet : "dans la mesure où l’école ne forme plus la demande artistique en n’apportant plus la sensibilisation aux œuvres, les clés de décodage ni la formation du jugement esthétique et, si aucune initiative éducative nouvelle n’est prise dans ce sens, alors on pourrait assister au mieux à la stabilisation des fréquentations et peut-être même à un désintérêt progressif des publics pour ces institutions culturelles classiques".
Savoir Plus
"Pratiques et consommation culturelles en Communauté française" par Michel Guérin, numéros 2031 et 2032 du Crisp.
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