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Fréquentation

Cinéma cherche public

A.Lo.

Mis en ligne le 21/10/2009

La fréquentation des films francophones belges reste dramatiquement faible. Améliorer l’état du parc des salles et la promotion pourraient y remédier.

Selon l’étude du Crisp "Pratiques et consommation culturelles en Communauté française de Belgique" ("LLB" du 13/10), 69 % des sondés vont régulièrement au cinéma. Pourtant, les professionnels du cinéma s’inquiètent : alors que les films flamands franchissent régulièrement le cap des 100 000 entrées, on stagne, côté francophone, sous les 20 000 entrées (à de rares exceptions près : les frères Dardenne ou, en 2008, Bouli Lanners avec "Eldorado"). Avec 2,51 % de parts de marché, le cinéma francophone belge est l’un des rares d’Europe à ne pas occuper la deuxième place du box office local (derrière les productions américaines). Certes, au contraire du cinéma flamand, le cinéma francophone subit la concurrence d’un grand voisin, avec une force de frappe commerciale importante. Côté francophone, la promotion semble d’ailleurs ne guère être une priorité. Le réalisateur Miel Van Hoogenbemt incarne cette dichotomie. Il a tourné, côté francophone, "Miss Montigny" et, côté flamand, "Man Zoekt Vrouw" : le premier n’a attiré que 5 000 spectateurs, le second a enregistré 130 000 entrées. "Le vrai problème, c’est l’accès aux salles de nos films" , résuma un jour le producteur Jacques-Henri Bronckart. Un accès compliqué par le nombre réduit de salles et à leur qualité.

"C’est une nécessité absolue de se focaliser sur celles-ci !" martèle Patrick Quinet, président de l’Union des producteurs de films francophones (UPFF). Selon une étude commanditée par la Communauté française, il y a 221 salles à Bruxelles et en Wallonie. Soit un écran pour 20 000 habitants, quand la moyenne européenne se situe autour de un pour 15 000 et qu’il sort toujours plus de films (434 en 2008). Et la situation ne s’arrange pas : l’UGC de Louvain-la-Neuve est fermé depuis un an, on attend toujours l’ouverture du Pathé Palace à Bruxelles (maintes fois annoncée), des doutes apparaissent quant à l’ouverture prochaine d’un complexe au sein de la Médiacité à Liège et la fermeture provisoire de l’UGC Toison d’or (lire encadré) pose des questions. Avec 434 films sortis en 2008, près de 70 % des films restent moins de trois semaines à l’affiche. Contre-exemple : les Grignoux, à Liège, dont la fréquentation, un an après l’ouverture des salles de La Sauvinière, a augmenté de 40 %.

Pour la Communauté française de Belgique, qui injecte via le Centre du Cinéma et de l’Audiovisuel (CCA) quelque 23 millions d’euros dans la production, le déséquilibre entre les montants investis dans la création et les résultats est préoccupant. Le 6 octobre, lors du Festival du Film Francophone de Namur, Frédéric Delcor, secrétaire général de la Communauté française, a présenté une série de mesures, fruits d’une année de réflexion avec le secteur, initiée au Festival l’année dernière. Les professionnels se sont réjouis de cette "prise de conscience". La Communauté française ne peut évidemment pas ouvrir de nouvelles salles, mais elle peut inciter (avec les Régions) à les soutenir ou à les moderniser (via, notamment, leur numérisation), a annoncé Frédéric Delcor. Pour motiver les exploitants à maintenir des films belges à l’affiche, le CCA pourrait élargir l’octroi des subventions à la diffusion (35 % des recettes brutes), aujourd’hui réservé aux seuls producteur et distributeur (respectivement 25 % et 10 %). En sus de la subvention à la diffusion, il existe aussi des aides à la promotion et à la diffusion. Pour en bénéficier, un film majoritaire belge doit être projeté au minimum pendant 24 séances durant sa première semaine d’exploitation dans minimum trois cinémas différents (six semaines si le film sort dans une salle pratiquant la multiprogrammation, comme par exemple l’Arenberg ou Le Parc). Concrètement, un film majoritairement financé en Belgique peut prétendre à une aide globale de près de 40 000 euros, mais qui arrive généralement en fin de parcours. L’UPFF souligne ce décalage avec la Flandre ou la France, où existent des politiques de communication proactives qui font naitre l’attente du public dès le début du tournage. Frédéric Delcor soutient donc l’idée d’ajouter 10 000 euros à l’aide à la diffusion, montant disponible dès le début de la production. "Le fait de devoir justifier ces dépenses impose évidemment de se poser la question de la promotion dès le début", note Patrick Quinet.

Le CCA a aussi commandé une étude sur la perception du cinéma francophone. Celle-ci devrait aider à définir une nouvelle communication et, aussi, à réfléchir à l’éducation aux médias (la littérature et la grammaire sont obligatoires dans l’enseignement, pourquoi pas le langage audiovisuel, alors qu’on y est de plus en plus exposé ?). Ces propositions sont destinées à susciter le "désir" - mot-clé brandi par tous les intervenants - chez les spectateurs. Parmi les pistes à l’étude : création d’évènements "glamour", une journée du cinéma, remises de prix "locaux". Et, aussi, le développement d’un star system, comme avec les B.V. (Bekende Vlaams) au nord du pays. Les W.C. (Wallons Connus) sauveront-ils le cinéma ?

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