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Politique culturelle | Bilan 2009

Et si la culture était morte en 2009?

Guy Duplat

Mis en ligne le 30/12/2009

Culture ou divertissement: bilan 2009, à travers une réflexion de Gilles Deleuze.

Dans son célèbre abécédaire, l’interview filmée de 8 heures réalisée en 1988 par Claire Parnet, le philosophe Gilles Deleuze se demandait si la culture n’était pas morte. Il remarquait que la culture était vivace au lendemain de la guerre et autour de 1968 mais qu’en 1988, on pouvait lui dire qu’on n’avait pas lu Kafka sans ressentir de manque. Et le plus étonnant, ajoutait-il, est que la mort de la culture ne se voit pas. Personne ne manifeste.

On peut utiliser cette analyse comme grille de lecture pour commenter l’année 2009. La culture est-elle déjà morte ou encore vivante? Il faut d’abord définir la culture.

Ici, elle signifie l’ensemble des artistes, chacun dans sa discipline, qui cherchent, innovent et créent. Ils éclairent quelque peu les ténèbres qui nous entourent, procurant des lumières, des émotions, de la beauté, des chocs. Cette culture-là nous réveille, stimule notre créativité. Elle est un outil pour mieux appréhender le monde. Christian Boltanski qui créera en janvier une installation monumentale au Grand Palais à Paris, résume humblement: "mon métier consiste à raconter des petites histoires qui incitent chacun à se poser des questions".

On peut opposer la culture au divertissement qui a aussi toute son importance, ne fût-ce que pour permettre de fuir le stress des sociétés modernes. Mais le divertissement, au contraire, va vers la lumière, vers ce qui est déjà très connu et il endort plus qu’il ne secoue. L’acteur Josse de Pauw qu’on fêtera en janvier au National, faisait remarquer que les gens aimaient davantage se regrouper en foules, "comme dans les années 30", regrettait-il.

Si on accepte ces définitions, 2009 est ambigüe. On a publié cette année, en France comme en Belgique, une vaste enquête sur les pratiques culturelles. Elles donnent des résultats proches. Malgré les politiques de démocratisation de la culture, le pourcentage des gens qui s’intéressent à la culture "cultivée" comme disait Bourdieu, stagne ou est en régression. Par contre, d’autres pratiques culturelles grandissent comme les festivals de musique et, surtout, Internet. On ne sait encore ce que pourront donner ces nouvelles technologies qui seront ce qu’on en fera. Mais on a vu cette année qu’Internet sert d’amplificateur à l’émotion. La mort de Michael Jackson ou les souffrances de Johnny Hallyday ont ému le monde entier grâce à Internet. Alors que la mort de Pina Bausch, qui a pourtant bien davantage influencé tout le théâtre et la danse des trente dernières années restait plus confidentielle faute de relai Internet.

Internet a aussi montré que la culture n’était pas aimée par une partie de la population. On a vu comment Polanski ou Frédéric Mitterrand furent accusés par les internautes. S’ils ne sont pas au-dessus des lois et doivent accepter de répondre de leurs fautes éventuelles, pour une partie des internautes, le simple fait d’être des "culturels" les condamnait à un jugement plus dur. Un député français UMP, Eric Raoult a même cru "rentable" électoralement de s’en prendre au prix Goncourt, Marie Ndiaye, coupable selon lui d’avoir critiqué la France! Les culturels auraient un devoir particulier de réserve!

Le combat pour la culture est un combat de service public. Si on pense que la culture aide à la créativité et permet de mieux appréhender le monde, il faut qu’elle soit la plus partagée possible. Les menaces qui pèsent sur le Wiels (on n’ose pas croire qu’un gouvernement puisse susciter sa fermeture), sont graves car c’est le seul lieu à Bruxelles, dédié à l’art contemporain. Sa fermeture renforcerait le courant mondial actuel confiant l’art contemporain (celui qui parle de notre société d’aujourd’hui) d’abord à des riches collectionneurs.

On se réjouit d’avoir entendu en 2009, Frédéric Delcor, le secrétaire général de la Communauté française dire qu’il fallait aider "les chemins de traverse". Ce combat passe par l’école où tous devraient recevoir les outils de compréhension de la culture.

Si le bilan 2009 a des aspects inquiétants, il a aussi ses lumières. Le nouveau musée Magritte connait un succès considérable et qui ne baisse pas, montrant qu’un bon marketing, un bon "produit" peut créer un engouement autour de la culture. Le succès public du Théâtre National autour d’une politique d’"aventures théâtrales" montre aussi que la culture innovante peut être excitante. La rentrée littéraire de septembre fut aussi rassurante. Les meilleurs livres (Marie Ndiaeye, Jean-Philippe Toussaint, Yannick Haenel, Frédéric Beigbeder) ont connu un succès de vente, comme des livres de pur divertissement. La culture a donc résisté en 2009.

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