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Europe

A quoi servira "Mons 2015"

Guy Duplat

Mis en ligne le 13/02/2010

Mardi, Mons a reçu le label de ville européenne de la culture pour 2015. Rencontre avec Yves Vasseur, le commissaire général du projet.

Les yeux encore fatigués par la fête qui s’est tenue mercredi soir à Mons, Yves Vasseur nous explique la philosophie du projet et va plus loin avec "La Libre". Rappelons que le slogan est "Là où la technologie rencontre la culture ". Mons joue la carte des arts numériques, des nouvelles technologies (Microsoft, Google et IBM se sont installés près de Mons). Le thème clé de la numérisation sera décliné dans les quatre éléments qui forment la culture : les images, les sons, les mots et la mémoire.

Pour chacun, la numérisation permet de créer de nouveaux ponts. Pour chaque élément, une personnalité historique importante et à dimension européenne a été choisie qui fédèrera les expositions, concerts et spectacles. Pour les images, il s’agit de Vincent Van Gogh (le peintre a vécu à Mons fin 1879 et début 1880). Pour les sons, c’est le musicien de la Renaissance Roland De Lassus, né à Mons en 1532. Pour les mots, c’est le poète Paul Verlaine qui fut emprisonné à Mons de 1873 à 1875 après avoir tiré sur Rimbaud à la place Rouppe à Bruxelles. Pour le thème de la mémoire, c’est saint Georges, le saint du Doudou, qui sera au centre des passerelles proposées.

Yves Vasseur, 59 ans, fut dix ans journaliste à la RTBF avant de devenir directeur du centre dramatique hennuyer et puis directeur du Manège à Maubeuge où il travailla avec Didier Fusiller, l’homme qui lança Lille 2004 et ses formidables retombées. Yves Vasseur fut alors appelé à diriger le Manège à Mons, fédérant les autres centres culturels montois, et est devenu le commissaire de la Fondation Mons 2015. "Maubeuge fut un formidable laboratoire où on pouvait tout expérimenter et apprendre à attirer le public vers des projets de qualité. Il est significatif que celui qui a porté Lille 2004 et moi maintenant, pour Mons 2015, sortions tous deux de cette expérience."

A Maubeuge, à Lille, à Nantes (le “Lieu unique”), à Mons au Manège, vous promouvez une “vraie” culture mais en l’ouvrant à un maximum de gens.

C’est une culture éclectique comme on l’a montré déjà au Manège de Mons. Et on continuera comme capitale culturelle. Elle brasse toutes les strates de la culture, en visant le plus haut niveau mais en travaillant constamment le rapport au public. Lors de la fête d’ouverture de Lille 2004, on attendait 40 000 personnes, il en vint 600 000 dont de très nombreuses sont revenues pour voir les expos, spectacles et concerts. Notre foi est que les gens ont faim de culture et il faut leur en donner mais de qualité. Il ne faut pas leur refiler de simples hamburgers.

On dit que la culture “cultivée” attire au maximum cinq pour cent des gens. Vous visez plus.

Nous avons fait venir à Maubeuge ou Mons Robert Wilson, Robert Lepage, Peter Brook, etc. Nous savons que même le plus beau des programmes est raté si les salles sont vides. C’est pourquoi ces programmes de qualité ont toujours été de pair avec un long travail d’éducation et de formation. Déjà, en vue de Mons 2015, nous avons lancé le projet "J’aurai 20 ans en 2015" avec mille étudiants montois. Nous allons les suivre de manière ludique et pédagogique pour leur donner les clés et les codes de cette culture. On dit que le football est plus populaire, mais si vous montrez un match à des Eskimos ou des Papous qui n’en ont jamais vu, ils ne comprendront rien et, pour eux, ces matches seront tout sauf populaires. Il faut donner aux jeunes, dès l’école, les codes de la culture pour qu’ils acquièrent cette extraordinaire capacité d’émerveillement que procure la culture.

Et cela marche ?

Bien sûr. Nous l’avons vu à Maubeuge et à Mons où on nous traita d’élitistes alors que les salles sont pleines. Pourquoi faudrait-il donner aux gens une culture au rabais ? Pourquoi, quand on cherche un médecin ou un plombier, on cherche le meilleur mais on ne le ferait pas en culture ? Mais bien sûr, il faut veiller à ne pas réserver cette culture à des élites sociales. Il n’y a aucune raison pour que, parce qu’on est né à Dour plutôt qu’à New York, on n’ait pas droit aux projets les meilleurs et les plus innovants. D’autant que le thème pour Mons 2015, le lien entre culture et nouvelles technologies, est riche d’opportunités économiques et en termes d’emplois.

Mais à quoi sert le label Mons 2015 ? Un gadget ?

L’Europe nous accorde déjà 1,5 million d’euros sur un budget prévu et budgété de 76 millions. Mais là n’est pas l’essentiel. Martine Aubry, maire de Lille, a expliqué que Lille avait gagné dix ans en notoriété et image de marque car quand on devient capitale européenne de la culture, on existe sur la carte mondiale et cela entraine un énorme impact socio-économique. Si Google, Microsoft et IBM sont venus chez nous, c’est aussi que ces entreprises veulent s’installer dans un lieu de culture. On a calculé pour Lille qu’un euro investi dans l’évènement en avait généré six dans la vie économique de la ville (Horeca, transports, etc.). Marseille, qui prépare à son tour l’évènement, anticipe le même ratio. Pour Mons, avec 76 millions d’euros investis, cela génèrerait plus de 400 millions ! C’est un moteur incroyable !

Ce n’est donc pas un jouet ?

C’est un levier de redéploiement social et culturel qui donne un nouvel esprit. Cela montre à chacun dans la région qu’on peut gagner, qu’on n’est pas des moches, qu’on peut pour une fois être les premiers. C’est fou comme, depuis mardi, j’ai reçu des messages montrant à quel point les gens sont fiers. Pour Lille 2004, il y eut 2,5 millions de billets vendus et 9 millions de touristes. Certes, Mons n’est pas Lille. Nous sommes une ville de 100 000 habitants avec une zone de chalandise de 300 000 habitants, mais le label donne de la notoriété. La presse internationale viendra. Faire une campagne de pub dans tous ces journaux mondiaux comme on en aura serait impayable autrement.

L’effort doit continuer au-delà de 2015…

Bien sûr. La Fondation Mons 2015 a déjà décidé de continuer. Il est trop tôt pour voir comment mais il faut que l’envie demeure et que les forces vives restent mobilisées.

Mons n’est-elle pas bien petite ?

Je ne peux nier qu’on est plus petit qu’Istanbul. Mais à part Lille, Marseille ou Liverpool, toutes les dernières villes européennes de la culture sont de notre taille : Cork, Patras, Vilnius, Linz, Tallin, etc. Je pense que l’heure est à ces villes qui offrent d’énormes avantages en termes de mobilité, de mieux vivre. Et avec le télétravail, les distances importent moins. Il vaut mieux s’installer à Mons que de faire chaque jour deux heures d’embouteillages pour entrer à Bruxelles surtout si Mons offre les infrastructures culturelles et sportives.

Vous avez multiplié les partenariats, n’est-ce pas un risque de diluer le projet ?

Il y a trois types de partenariats. Avec les institutions culturelles (Mac’s, musée de la Photographie). Nous devons aussi renvoyer l’ascenseur à la Communauté française qui nous soutient tant, et nous avons des partenariats avec Bruxelles, Liège et Namur. Nous voulions aussi montrer qu’être ville européenne de la culture, c’est abolir les frontières, y compris avec la Flandre avec qui, c’est un comble, la Communauté française n’a jamais pu nouer un accord de coopération. La culture n’a pas de frontière et Bruges, Malines, Gand et Anvers sont aussi nos partenaires. Enfin, ayant grandi à Maubeuge, je devais prévoir des projets transfrontaliers avec Lille, Maubeuge et Valenciennes. Mais pour éviter le danger de dilution, nous avons demandé à chaque ville partenaire de nourrir un projet structurant, pas deux, dans la ligne du thème "culture-technologie". Cela fera une douzaine de projets sur la centaine prévue au total, ce qui ne me semble pas excessif. Et on gagnera une connaissance réciproque. Je n’avais jamais vu Malines, maintenant on a un accord Ces douze villes seront des ambassadeurs de Mons et on prévoira avec la SNCB et les transports en commun des allers et retours fructueux pour tous.

Pour les projets, y a-t-il une obligation de choisir “wallon” ?

Non. A Lille, il y eut 17 000 artistes qui ont travaillé dont la moitié venait de la région du Nord/Pas de Calais. Nous aurons le même genre de ratio avec la moitié des artistes issus de la Communauté française. Tout se fera en quatre langues (français, néerlandais, anglais et allemand).

C’est le projet d’Elio Di Rupo ?

On ne peut reprocher à un bourgmestre de se battre pour cela, même si j’admets qu’il avait plus de leviers en mains que d’autres. J’ajoute que jamais, mais jamais depuis cinq ans, il ne m’a téléphoné pour influencer en quoi que ce soit les projets culturels. Et il a refusé de présider la Fondation Mons 2015 qui est le CA du projet et gère les budgets (le président en est le gouverneur de la Banque nationale, Guy Quaden).

De nombreuses infrastructures ne seraient pas nées sans Mons 2015 ?

Oui. On transforme le quartier du Manège avec le bâtiment de la Fondation (architecte K2A), le bâtiment Arsonic pour les musiques émergentes (architecte Holoffe), on couvre la cour du Carré des Arts (architectes Agwa), tout Mons 2015 sera "éco-conçu", écologique. Il y aura la gare de Calatrava, etc. En ce début du XXIe siècle, il n’y a pas d’exemple de développement d’une région qui n’ait été couplé à un développement culturel, c’est indissociable, comme l’a montré par exemple la Catalogne.

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