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UNESCO

Urgent d’investir dans l’éducation et la culture

Guy Duplat

Mis en ligne le 19/02/2010

La nouvelle directrice générale de l’Unesco se bat pour qu’on investisse plus dans ces deux domaines. Pour Irina Bokova, ces facteurs sont directement liés au développement et à la stabilité future du monde.
Entretien

Le grand public connait bien l’Unesco quand celle-ci classe parmi le patrimoine mondial de l’humanité les Gilles de Binche, le Palais Stoclet et peut-être cet été le Grand Hornu et nos anciens sites miniers. Mais l’Unesco, dont le siège est à Paris, est bien davantage que cela et son poids (plus de 190 pays membres), comme son rôle dans les périodes de crise qu’on vit en ce moment, est plus important que jamais. Nous avons rencontré pour en parler, sa nouvelle directrice générale, la Bulgare Irina Bokova, qui s’exprime avec force et persuasion dans un français parfait. Hier, jeudi, se réunissait d’ailleurs à Paris un panel de haut niveau, sous l’égide de l’Unesco, pour lancer l’année internationale du rapprochement des cultures.

Toute l’attention politique et médiatique est monopolisée par les crises financière, économique et écologique. On en oublie l’action en éducation, culture, pour l’égalité des sexes.

Vous avez raison et nous disons, au contraire, qu’à cause de cette crise financière, nos actions dans le domaine de l’éducation, par exemple, sont encore plus importantes. Je me bats avec rage pour placer l’éducation sur l’agenda du G20 ou du G8. Car l’éducation peut être une réponse à la crise. Il faut réinvestir dans l’éducation car elle est directement liée au développement. Nous l’avons montré dans notre dernier rapport sur l’éducation dans le monde consacré aux dangers de la marginalisation. Dans plusieurs pays, les difficultés deviennent endémiques et les éloignent des objectifs du millénaire. La situation s’aggrave en particulier pour ce qui concerne la scolarisation des filles. Quand un pays s’enfonce dans la pauvreté, ce sont les filles qu’on n’envoie plus à l’école. Et tout cela a des conséquences graves à long terme, pour les familles, les pays, mais même la stabilité du monde car quand on est analphabète, comment peut-on parler de démocratie, de changements climatiques, comment communiquer avec les nouvelles technologies ? Il faut placer résolument l’accent sur l’éducation des filles.

La question est encore plus cruciale avec la culture qui n’a même pas été reprise en 2000 dans les objectifs du millénaire en matière de développement.

Je vous remercie de cette question car elle est cruciale pour moi. Je l’ai dit, et je le ferai, je veux placer la culture parmi ces objectifs. Car, ici aussi, la culture a un lien étroit avec le développement. Il faudrait qu’à chaque mesure prise pour le développement, on ajoute un volet culturel. Je ne parle pas de l’art pour les élites, mais bien de la culture au sens large. Déjà, il suffit de voir que les revenus de la culture deviennent de plus en plus importants. Cela devient une industrie extrêmement puissante. Au Brésil, la culture au sens large représente 7% du PNB. Souvent, l’économie de la culture dépasse dorénavant les revenus du tourisme. Mais indépendamment de ces considérations économiques, dans des situations de post-conflit, la culture peut jouer un rôle essentiel de dialogue et de respect mutuel. L’Unesco le fait, par exemple, en aidant au Kosovo, autant la reconstruction des mosquées que celle des églises orthodoxes. La culture prise au sens large peut jeter des ponts, créer un esprit de tolérance. Elle devrait jouer un rôle de plus en plus important dans le monde. Au Congo, l’Unesco aide ainsi à reconstruire des radios communautaires dans les régions ravagées de l’Est. En Haïti, nous faisons de même.

En prenant vos fonctions, vous annonciez un “nouvel humanisme” : “le vrai challenge est de conduire le monde dans une nouvelle ère de paix et de développement économique et social durable, basée sur le savoir, la science et l’innovation destinés à servir l’humanité tout en préservant l’environnement.”

A cause de la crise, et bien que nous soyons dans un monde de plus en plus interconnecté, il manque dramatiquement de solidarité. Il faut mettre son énergie à susciter des sociétés plus inclusives, à obtenir un meilleur équilibre hommes-femmes, à renouveler notre regard sur l’environnement. Au Brésil par exemple, nous soutenons un mouvement de réconciliation dans les quartiers populaires les plus violents entre la population et les policiers. Il y a des équipes sur place, des orchestres qui donnent des concerts, de la danse, qui permettent aux uns et autres de se rapprocher et de voir qu’il n’y a pas que la violence pour résoudre les problèmes.

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