Politique

L’historien Bernard Lewis, dont les livres ont influencé des générations de spécialistes de l’islam et d’hommes politiques, est décédé samedi à l’âge de 101 ans dans le New Jersey, annonce le Washington Post.

Né le 31 mai 1916 à Londres de parents juifs, Bernard Lewis a connu une carrière prolifique en publiant une trentaine de livres – dont « L’histoire des Arabes » et « Que s’est-il passé ? L’Islam, l’Occident et la modernité » paru après les attentats de 2001 aux Etats-Unis.

Professeur des études sur le Moyen-Orient à l'université de Princeton, il avait étudié de nombreuses langues – le perse, le turc, l’arabe – qui en faisaient de lui un orientaliste de premier plan.

A Edward Saïd, professeur de littérature d’origine palestinienne à Columbia University, qui affirmait que seuls les Arabes pouvaient comprendre la mentalité arabe, il avait rétorqué que « si les Occidentaux ne pouvaient étudier d’autres cultures, seuls les poissons pouvaient faire de la biologie marine ».

On dit de lui aussi qu’il fut dès les années 50 l’inventeur du « choc des civilisations », concept qu’il réactualisé dans les années 90 en suggérant aux Occidentaux de ne pas tomber dans une attitude « irrationnelle » à l’égard de l’islam. Ce n’est qu’après que Samuel Huntington approfondit le concept.

Néo conservateur, proche du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, Bernard Lewis a aussi de nombreux détracteurs. Des intellectuels lui reprochent d’avoir sous-estimé le génocide arménien dans une interview au « Monde » en 1993. Surtout, on l’accuse d’avoir été le moteur intellectuel de l’intervention américaine en Irak en 2003, au nom du changement de régime. Conseiller de l’administration Bush, il soutenait « son ami « Ahmed Chalabi pour détrôner Saddam Hussein.

Edward Saïd, avec qui il croisait le fer, lui reprochait de ne pas comprendre la multiplicité du monde musulman et de tout ramener à l’islam. « Alors qu’une autre guerre menace à l’horizon, cette fois-ci avec l’Iran , l’influence de Lewis reste aussi grande qu’avant », déplore le journaliste britannique Peter Oborne, qui le décrit dans une nécrologie critique comme un « grand prêtre de la guerre au Moyen-Orient ».