Politique

Voilà des années que l’on attendait la nomination d’un Bouwmeester à Bruxelles, quelqu’un chargé d’insuffler une qualité architecturale et une ligne à la Région et de susciter des procédures de choix (concours) de qualité et ouvertes. La Flandre en a un depuis des années (Bob Van Reeth et puis Marcel Smets). Tous les pouvoirs publics en Flandre doivent passer par lui quand il s’agit de construire un bâtiment. Il fixe de vraies procédures de concours (sans passe-droits pour les "copains" ou "l’ami de la femme du ministre") et définit une ligne pour une architecture de qualité. La Communauté française, sans utiliser ce mot, fait un peu la même chose avec Chantal Dassonville. Restait Bruxelles, région longtemps massacrée, puis rétive à l’architecture contemporaine, région complexe.

Le gouvernement bruxellois doit nommer officiellement, aujourd’hui, Olivier Bastin à ce poste appelé en français "Maître architecte", pour un mandat de cinq ans, avec autour de lui une cellule composée entre autres de juristes. Si les missions d’Olivier Bastin ne sont pas aussi larges et coercitives que celles du Bouwmeester flamand, sa nomination est une excellente nouvelle. Elle est d’abord un symbole fort de qualité architecturale. Fondateur du bureau L’Escaut (dont il se met en congé de même que pour ses charges d’enseignement à La Cambre), il est l’auteur de projets importants comme le Théâtre National, le musée de la photographie à Charleroi, la nouvelle salle de spectacle de Soignies ou le skate park près du Sablon. Il a démontré à la fois la qualité de son architecture et sa faculté à engager des dialogues avec les quartiers. Il était encore dernièrement président du jury pour le pre-master plan du quartier européen à la rue de la loi.

Il sera un passage obligé pour les bâtiments "significatifs" initiés par la Région et par les institutions annexes comme l’IBGE. Les projets de la place Flagey et de la place Rogier seraient passés par lui s’il avait déjà été nommé. Aucune obligation par contre pour les bâtiments des communes, du fédéral, des fonds Beliris, de l’Europe et a fortiori du privé.

"Toute la tâche du Bouwmeester, nous dit-il, et cela ne se fera pas en un jour, est de convaincre les autres niveaux bruxellois de faire appel à son expertise, c’est comme cela que les choses se sont faites en Flandre aussi. Beaucoup, j’en suis sûr, auront envie de jouer le jeu et de démontrer que Bruxelles peut être une région qui n’a pas peur de l’architecture." Ou qui n’a plus peur.

Olivier Bastin a été choisi après appel à projets, par un jury indépendant. Lui-même aura un statut d’indépendant, avec une équipe qu’il imagine réduite à cinq personnes, afin de garder toute son indépendance par rapport au pouvoir. "Mon rôle ne sera pas que d’organiser des concours mais aussi de définir pour Bruxelles une identité architecturale qui passera par l’étude de ce qui se fait à l’étranger. Je voudrais développer ce discours critique dans le bon sens du terme, y compris sur Internet. Tout ne changera pas en un jour et tout n’est pas mauvais (les contrats de quartier par exemple). Mais il s’agit d’initier un mouvement pour une meilleure qualité architecturale."