Politique

La méthode peut paraître kagébiste, elle ne manque pas d’avantages : méfiant sur l’interprétation des chiffres (et du reste sans doute ), Jean-François Cats, président du conseil d’administration de Flagey, a donc demandé des questions écrites et y a répondu par écrit.

Seule réponse qui aurait demandé une explication supplémentaire : pourquoi, alors que le déficit annuel est connu depuis deux mois, la nouvelle arrive-t-elle aujourd’hui seulement dans les médias ?

Une nouvelle fois, Flagey tire la sonnette d’alarme, annonçant un déficit budgétaire de 200 000 à 300 000 euros. Quand et à quelle occasion le CA l’a-t-il découvert ?

Lors du contrôle budgétaire du mois de septembre 2009, le conseil d’administration a été informé qu’il y aurait un déficit annuel de 300 000 euros.

A travers les interviews données de gauche et de droite, notamment dans “La Capitale” ou à Télé Bruxelles (interview de Charles Picqué), il semble que le CA n’ait pas encore discerné l’origine de ce trou budgétaire, est-ce bien vrai ? Comment un pareil déficit a-t-il pu se creuser sans que le CA ne s’en rende compte ?

Cette information est inexacte. L’origine du déficit est bien connue. Nos analyses ont montré que plusieurs facteurs en étaient la cause.

Le premier, qui était inattendu, est le coût du XL Flagey festival d’été, d’Ars Musica et du Klarafestival, qui n’ont pas été couverts par des recettes ou des subsides suffisants. Le second est l’octroi par la Loterie Nationale d’un montant inférieur de 40 000 euros à ce qui avait été prévu au budget. Le troisième facteur est que la plupart des coûts de Flagey sont indexés alors que nos dotations ne le sont pas. Enfin, notre comptabilité analytique démontre que les coûts de la résidence du Brussels Philharmonic et du Vlaams Radio Koor sont largement supérieurs à la dotation de 500 000 euros que nous recevons.

Depuis deux ans, on a assisté à une réduction drastique de différentes dépenses (notamment en termes de communication), le nombre de productions propres a diminué, plusieurs projets ont été annulés, tout cela dans un cadre de subvention stable (en tout cas 500 000 euros de chaque communauté ainsi que de la Région, plus 200 000 euros de la commune, soit 1,7 million d’euros). Comment, dès lors, expliquer cette hémorragie financière ?

Ce n’est pas tout à fait exact. Nous recevons 600 000 euros de chacune des communautés, et 500 000 euros de la région Bruxelles capitale. Les budgets artistiques n’ont pas du tout été diminués, la programmation a été intense et diversifiée. Je vous ai déjà expliqué l’origine du déficit, il ne s’agit pas d’une hémorragie, puisque le conseil d’administration a demandé au comité de direction de prendre toutes les mesures de restriction et de contrôle budgétaire.

Vous parlez dans une de vos interviews de réduire le volet classique (tout en maintenant le VRO) : le volet classique est pourtant marginal dans les activités de Flagey (ce qui est bien dommage, Flagey étant, par excellence, une salle destinée au classique ou du moins à la musique acoustique, mais c’est un autre débat…); en outre, ces concerts sont globalement menés en coproduction avec des partenaires solides (Bozar, Ars Musica, Festival de Wallonie, Pianorama, Chapelle Musicale, etc.). Quel est l’avantage pour Flagey et quelles économies comptez-vous réaliser ?

Flagey est concentré sur l’acoustique et la Cinematek. L’offre en musique classique est très large à Bruxelles et nous espérons beaucoup bénéficier plus encore de l’apport du Brussels Philharmonic et du Vlaams Radio Koor de sorte à offrir une programmation en musique classique complémentaire. Bien entendu, nous essaierons de maintenir des accords de coproduction avec le Klarafestival et Ars Musica si les moyens budgétaires pour 2011, 2012 et 2013, le permettent. Ces budgets vont être renégociés durant les prochaines semaines et mois avec les quatre principales entités subsidiantes. Néanmoins, nous faisons le choix de ne pas être redondants par rapport à l’offre abondante qui existe à Bruxelles en ce qui concerne la musique classique.

Flagey veut donc se profiler clairement et de manière spécifique avec une priorité forte au jazz et à la musique du monde. Cela fait déjà partie de son identité, nous voulons l’affirmer avec davantage de force et d’intensité à l’avenir.

Plus délicat : vous parlez de supprimer quatre postes plein-temps, ce qui est considérable dans la petite équipe de Flagey. Ne peut-on penser que Flagey a surtout besoin de se remettre dans la lumière ? Et de retrouver une identité artistique et culturelle forte ?

Le conseil d’administration vise évidemment à une identité artistique et culturelle très forte pour Flagey, mais il est évident qu’aujourd’hui nous devons d’abord rencontrer nos obligations de gestion financière rigoureuse. Le budget artistique sera très serré pour 2010, mais en nous reconcentrant sur les répertoires clés pour Flagey (le jazz, la musique du monde et la musique classique), il devrait être possible même de clarifier et fortifier notre profil. 2010 sera une année difficile à passer, mais il est heureux que nous puissions à ce moment rediscuter du projet Flagey et de son financement pour les années 2011, 2012 et 2013 avec les pouvoirs publics. A cet égard, tous les messages que nous recevons sont encourageants. Il n’est jamais agréable de devoir réduire une équipe qui travaille bien et, si nous le pouvons, nous tenterons de l’éviter.

Est-il confirmé qu’un CA extraordinaire se tient jeudi ? Quel en est l’ordre du jour ?

Le conseil d’administration de jeudi a pour objet d’examiner encore une fois la situation budgétaire et de décider quant à la reconduction ou non du directeur général Hugo De Greef.

Propos recueillis par