Politique

Réunion intéressante des états généraux de la culture, ce lundi aux Halles de Schaerbeek. Elle était consacrée à l'import-export en matière culturelle et donna lieu à d'intéressantes prises de parole, qui furent parfois cinglantes à l'égard de la politique actuelle des pouvoirs publics.

Les problèmes de l'importation furent peu abordés. Ils sont pourtant importants. Antoine Pickels, programmateur aux Halles de Schaerbeek, dans une intervention très claire, insiste pour qu'on aide à la venue en Belgique francophone de créateurs importants et novateurs pour deux raisons. Une raison esthétique: « Faire évoluer nos artistes et notre public vers ces nouvelles esthétiques sous peine de tomber dans le provincialisme». Et une raison de notoriété: « En invitant ces compagnies étrangères, on place notre communauté dans l'agenda international et on espère que l'étranger nous rendra la pareille».

Une responsable du beau festival «Voix de femmes» insiste sur le nécessaire accueil des cultures du Sud et de celles qui sont alternatives. Un travail qui ressort, dit-elle, du secteur non marchand, de la coopération au développement et qui doit être subsidié en échappant aux critères purement économiques.

Les cfbistes

Mais l'essentiel des débats était consacré à l'exportation. Comment faire connaître nos artistes et nos compagnies, comment faire tourner nos spectacles à l'étranger? Patrick Colpé, directeur du Théâtre de Namur, a dressé un bilan fort noir: « Nous manquons de notoriété à l'étranger alors que c'est essentiel pour nous faire vivre et pour faire tourner plus longtemps nos spectacles, dit-il. Je fréquente beaucoup de programmateurs, on n'existe pas ou alors en Division 2 ou 3, c'est-à-dire avec des petites formes, pas chères. Le théâtre des Doms et le centre Wallo-Brux à Paris n'atteignent pas encore leurs buts.» Il ajoute que les moyens - rares - sont « dispersés»: «Où est l'excellence, où est la différence? Chez nous, tout est ramené vers le bas via le budget. On nous vend avec le blanc-bleu-belge. Il n'y a pas de stratégie». Et de dire qu'il se voit comme « un Calimero qui sent la frite, coincé dans ma réserve d'Indiens. Les jeunes metteurs en scène étant la mayonnaise».

D'autres ont voulu nuancer ces propos. Philippe Suinen, grand patron des relations extérieures de la Communauté (CGRI et l'Awex) présent lundi, a voulu aussi réagir comme on le lira ci-dessous.

Mais les propos d'Antoine Pickels n'étaient guère moins critiques. Comme programmateur, il fréquente beaucoup les festivals à l'étranger: « Les succès de Michèle Noiret à Paris ou de Frédéric Flamand à Marseille cachent mal la méconnaissance qu'on a à l'étranger de notre Communauté. J'y suis un animal rare, le seul programmateur francophone belge à côté de nombreux flamands. » Et d'indiquer plusieurs problèmes. La complexité de nos institutions tout d'abord: Michel Boermans de la FAS (Fédération des arts de la scène) a fait rire la salle en évoquant un délégué de la Communauté parlant devant un auditoire qui n'y comprenait rien, des «cfbistes», c'est-à-dire des «membres de la communauté française de Belgique». Antoine Pickels dénonce ensuite « l'instrumentalisation politicienne de la culture qui est aidée bien souvent en lien avec des perspectives économiques ou politiques». Il regrette la dispersion des énergies: « Les plus talentueux sont noyés dans le flot de la médiocrité. Ce qu'il faudrait aider à l'exportation, ce sont les formes les plus contemporaines, les seules qui intéressent l'étranger». Et de signaler enfin, que selon lui, des économies utiles pour aider la culture pourraient être faites sur les frais de représentation de ces institutions belges à l'étranger dont « les dépenses sont parfois indécentes par rapport à la condition des artistes».

En fin de séance, Marie-Paule Eskenazy des éditions Labor a utilement rappelé qu'il y avait aussi le secteur du livre à soutenir à l'exportation.

© La Libre Belgique 2005