Politique

Le directeur des Beaux-arts s'apprête à vivre des mois particuliers puisque le renouvellement de son mandat sera discuté cet automne. Comment l'appréhende-t-il, alors que la secrétaire d'Etat (N-VA) semble vouloir sa peau ? Suite aux coupes budgétaires, il évoque aussi les incidences concrètes sur le choix des expos, le prix des billets et la sécurité des visiteurs. Il fustige également la situation "scandaleuse" du musée d'art moderne. Michel Draguet est l'Invité du samedi de LaLibre.be.

Suite à la performance de Deborah De Robertis à l'exposition Serrano, les Beaux-arts ont expliqué "soutenir les démarches artistiques pour autant qu’elles respectent la sensibilité de chacun". Estimez-vous cependant que cette performance d'une femme qui montre son intimité aux visiteurs soit bénéfique à l'art ?

Tout est bénéfique à l'art si c'est bien fait et si cela a un sens. Ici, cela relève plutôt du coup de force, comme le font les Femen. Le problème : dès qu'on réagit à ce qui est présenté comme de l'art, on apparaît en censeur. Or, notre réaction n'a pas porté sur le contenu mais a été dictée par le souci des publics de tous âges et de tous genres qui se présentent aux musées. L'endroit où elle a fait sa performance est un couloir emprunté par les visiteurs du musée Fin-de-Siècle. La liberté d'expression ne peut pas aller à l'encontre de la liberté des autres. Je crois que Mme De Robertis l'a oublié...

On est dans la provocation pure, sans substance ?

Cette performance relève davantage du registre de l'écho publicitaire que de la création artistique, elle est un peu vide de sens. Si elle avait fait cela en Belgique dans les années 40' ou 50', cela aurait eu un sens. Aujourd'hui, qu'elle aille faire cela à Damas, Alep ou Téhéran, ce sera autre chose... Ici, il y a une action sans véritable risque et très balisée (des gens l'ont accompagnée pour la photographier, la filmer). Mais c'est surtout un acte violent imposé aux visiteurs. Je ne suis pas certain que cette provocation soit beaucoup plus intelligente que lorsque des groupuscules d'extrême droite viennent saccager des œuvres (NdlR : comme l'a subi Andres Serrano en Suède en 2007). Il y a une revendication qui se veut sociologique mais il n'y a pas grand-chose d’artistique dans tout cela. Charlotte Moorman jouant du violoncelle nue dans les années 60', c'était autrement plus provocateur.

Le prix d'entrée à l'expo Serrano était de 14,5 euros ! Et le ticket ne permettait pas d'accéder aux collections permanentes… On atteint des limites, non ?

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Vous subissez l’obligation de renforcer les dispositifs sécuritaires ?

Après les attentats du 22 mars, nous avons bénéficié de moyens marginaux pour sécuriser les accès mais nous n'en disposons plus depuis ce mois d'août. Contrairement à d'autres institutions muséales - pourtant plus petites et moins fréquentées - nous sommes obligés de financer nous-mêmes ces 700.000 euros annuels, sans moyens supplémentaires. Cela rend l’institution encore plus précaire. D’aucuns nous ont répondu "vous n'avez qu'à augmenter le prix du billet de deux euros pour couvrir vos frais de sécurité". C'est un peu surprenant, puisque assurer la sécurité des biens et des personnes est une des missions de l'Etat... Cela me semble impensable de demander au visiteur de contribuer financièrement à sa propre sécurité !

Craignez-vous de perdre votre poste à l'automne lors du renouvellement des mandats ?

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Ce long entretien est à lire dans notre "Sélection LaLibre.be".