Politique

Beaucoup de ministres fédéraux ont tendance à l'oublier, mais l'Etat fédéral garde en son sein dix joyaux culturels et scientifiques: les établissements scientifiques fédéraux (ESF) qui comprennent les grands musées (Beaux-arts, Tervuren, Cinquantenaire, Sciences naturelles), l'Irpa, la Bibliothèque royale, les Archives générales du Royaume et le pôle spatial (IRM, Observatoire royal et Institut d'aéronomie spatiale).

Malgré leur énorme valeur patrimoniale, encore mise en évidence par une toute récente étude du professeur Capron de l'ULB (Dulbea), malgré leur potentiel économique, malgré un livre blanc, malgré une étude alarmiste du bureau Mbius sur la sécurité menacée des biens et des personnes, ces 10 ESF ont été largement oubliés par les gouvernements successifs depuis des années.

Dans la note qui vient d'être finalisée pour le Conseil des ministres et que nous avons pu lire, les signaux d'alarme sont rouge vif. En cas de non refinancement sérieux, les musées seront par exemple dans l'obligation de revoir leur politique d'accès au public en fermant des salles. «Les missions légales des ESF sont en péril. Il en est de même de la sécurité des visiteurs et des scientifiques dans les bâtiments qui est en permanence menacée, ainsi que de la protection minimale de notre patrimoine contre le vol, les dommages et le délabrement qui n'est plus correctement assurée».

L'horreur!

Les exemples de danger à très court terme, cités dans la note abondent:

- «le bourgmestre de Bruxelles menace de fermer la Bibliothèque royale» pour insécurité. De toute manière, elle risque «une fermeture, au moins partielle, au public». La Bibliothèque risque aussi de rater la révolution numérique;

- il manque 45 gardiens au musée des Beaux-arts, ce qui «risque lit-on, de faire revenir à la politique de jadis et de concentrer toutes les collections dans l'ancien bâtiment Balat et de fermer le musée d'art moderne»;

- Le Planétarium pourrait fermer car son système de projection est à bout de course, il date de... 1935!

- les nouveaux dépôts des Archives générales (à Louvain-la -Neuve par exemple) n'ont pas d'armoires de rangement;

- l'ouverture de l'aile Janlet (aux dinosaures) en 2007, au musée des Sciences naturelles, risque de signifier la fermeture de beaucoup d'autres salles;

- le navire océanographique Belgica risque de rester l'essentiel de son temps à quai.

- il manque, selon l'étude Mbius, 144 équivalents temps plein au musée du Cinquantenaire pour «assurer une surveillance correcte des salles permanentes. Et un nombre croissant de collections n'ont plus de titulaires mettant les objets en péril».

Et ce ne sont que des extraits de la note. Mais heureusement, le vent pourrait tourner. Ce mardi, réunis en comité directeur, les dix directeurs des ESF, avec Philippe Mettens directeur de l'administration et Hans Bracquene, chef de cabinet scientifique de Marc Verwilghen, ministre de tutelle, se sont mis d'accord sur un projet de véritable plan pluriannuel de refinancement, réaliste, basé sur des projets concrets, urgentissimes, triés d'un commun accord entre les dix ESF. Chacun est d'accord de faire désormais du lobbying ensemble pour ce plan et plus pour ses intérêts particuliers.

Besoins urgentissimes

Ce plan donne lieu à une note au conseil des ministres et Marc Verwilghen voudrait bien pouvoir épingler à son actif le premier refinancement sérieux des ESF depuis des années.

Au total, les besoins urgentissimes et ceux nécessaires pour simplement remplir les obligations légales belges et internationales des ESF, se montent à 30 millions d'euros annuels, soit 30 pc de plus que les subventions totales (hors bâtiments) qui sont de 100 millions d'euros annuels.

Comme les directeurs savent qu'il est irréaliste d'espérer tout en une fois, ils ont phasé le plan et proposé d'abord les projets indispensables en matière de sécurité, de conservation minimale du patrimoine et de service public. «Sans ces actions, la sécurité des personnes, des oeuvres d'art, des archives et du patrimoine des musées est mise en péril.» Cette première phase d'absolue priorité se chiffre à 9,6 millions d'euros en plus pour le budget 2007. Si cette somme n'était pas acquise, l'impact négatif sur le fonctionnement des ESF serait inéluctable.

Une deuxième phase d'une vingtaine de millions d'euros supplémentaires annuels est répertoriée pour maintenir les ESF au-dessus de la ligne de flottaison et leur permettre d'assurer leurs diverses obligations légales.

Enfin, la troisième phase sera la seule qui ouvrira vraiment la porte à des nouveaux projets (hors de ceux menés par les ESF sur leurs fonds propres ou avec d'autres partenaires comme les projets du musée des Beaux-arts avec Suez par exemple pour le musée Magritte) et à des visions stratégiques plus offensives.

Un fonds commun

L'idée est de créer un fonds commun aux 10 ESF, alimenté progressivement par le budget fédéral et qui servirait à payer, dans l'ordre des priorités fixé de commun accord par cette note. Il s'agirait donc pour la première fois, d'une vraie dynamique de refinancement pluriannuelle, d'autant plus justifiée que les nouvelles équipes dirigeantes des 10 ESF ont témoigné ces derniers mois de leur volonté de dynamiser d'abord leurs propres établissements avant de s'adresser au gouvernement. Les dix directeurs croisent les doigts pour que le gouvernement approuve la note et libère les 9,6 millions d'euros, même si -comme toujours- d'autres priorités sont apparues, comme les prisons.

OK pour Tervuren

D'autres bonnes nouvelles étaient déjà survenues ces derniers mois, dont, le 22 juillet, lors du dernier Conseil des ministres, quand le gouvernement avait enfin accepté la première tranche de 35 millions d'euros pour les très gros travaux de rénovation du musée de Tervuren, un projet de 65 millions d'euros au total préparé et attendu depuis trois ans par son directeur Guido Gryseels et par la Régie des bâtiments. Le directeur espère toujours ainsi pouvoir inaugurer un musée totalement rénové en 2010 pour son centième anniversaire. Cette première tranche permet de lancer rapidement un appel à candidatures pour un architecte et un bureau d'études. Ici aussi un plan pluriannuel commun aux 10 ESF, distinct du plan de refinancement cité ci-dessus, sera mis au point avec la Régie des bâtiments afin de planifier les travaux urgents.

© La Libre Belgique 2006