Politique Projet artistique et socio-politique pour Maïté Vissault, la nouvelle directrice. Rencontre. 

Suite au départ d’Eric Van Essche qui s’oriente vers une nouvelle vie professionnelle, l’Iselp vient de se doter d’une nouvelle directrice, Maïté Vissault, docteur en histoire de l’art, enseignante universitaire et curatrice d’exposition. Prenant la tête d’une institution qui a fortement évolué ces dernières années, elle compte "développer les deux axes majeurs du lieu, créer une fusion entre eux et surtout s’ouvrir vers un art qui pose des questions humaines". Le temps de prendre la mesure et l’atmosphère du lieu, d’entrer en connexion avec l’équipe, elle développera les premiers projets au moment de la rentrée prochaine. Nous l’avons rencontrée.

L’Iselp n’est pas un centre d’art comme les autres puisqu’il est avant tout un Institut supérieur pour l’étude du langage plastique. Depuis sa création par Gita Brys-Schatan en 1971, l’institution est toujours aux avant-postes de la création et de la réflexion artistique.

Disposant désormais de locaux mieux appropriés, avec centre de documentation, lieu de résidence, espace de rencontre de débat et de projection ainsi que de salles d’exposition, l’établissement est à même de répondre à ses missions dont la principale reste de favoriser l’approche de l’art, aujourd’hui, pour le public le plus large possible.

Foyer de la pensée

Grâce à une équipe bien rodée, grâce à des intervenants extérieurs, grâce aussi à une situation géographique privilégiée, l’Iselp possède tous les atouts pour devenir le pôle de la pensée artistique active ancrée dans son époque et donc forcément avec un regard sur le présent autant que vers l’avenir.

"Arriver à l’Iselp, c’est articuler deux profils qui me sont très chers, d’une part l’aspect artistique théorique, de l’autre le côté plus expérimental et pratique par les expositions. Dans mes activités jusqu’à présent, j’ai toujours essayé de lier les deux à travers un dialogue car j’estime que l’art ne fait pas qu’être perçu, il pose aussi des questions sur la manière dont on aborde le monde. L’ensemble de mes travaux artistiques sont orientés sur le socio-politique et l’Iselp me permet d’articuler ces deux éléments parfaitement compatibles."

Un slogan annuel

L’institution étant en quelque sorte bicéphale, la question qui se pose concrètement est de déterminer le rôle de la direction pour combiner positivement les deux axes moteurs et fixer des priorités. "J’aime cette image du cerveau, l’aspect bicéphale car l’une et l’autre parties sont connectées pour créer une synergie globale, image même de l’Iselp. Mon rôle, je le conçois de manière stratégique bien davantage que programmatique. Mon impulsion sera de créer des liens à de multiples niveaux. Mon projet est de mettre en place un fil rouge, une grande thématique qui va s’insérer dans tous les espaces appropriés par l’équipe. Une sorte de slogan annuel à travers lequel on va aborder la question fondamentale de la relation de l’art au monde."

Une relation au réel

Pour mettre en place ce slogan, Maïté Vissault compte partir du dialogue avec l’équipe et des apports extérieurs, et "s’ouvrir aux champs scientifiques et sociaux". Elle envisage un mode de fonctionnement "performatif" dans lequel chacun devrait pouvoir s’insérer pour aller vers l’autre, vers la transmission au public. "Il faut décloisonner le discours sur l’art, pas seulement en parole ou en écrit, l’art est une pensée en soi et les artistes émettent un discours par le visuel. Il faut déclencher la discussion, le débat et aussi partir du territoire où nous sommes, Bruxelles, très riche. On part de la ville pour aboutir à l’international. On prend en compte la communauté comme un corps vivant, branché dans ses aspects sociaux, politiques, philosophies, artistiques, sur un réel qui a explosé, difficile à appréhender car confronté à de multiples dimensions, à la place du virtuel (Internet) et des réseaux. Tout cela il faut le faire en se rappelant le but initial de l’Iselp, but qui reste essentiel aujourd’hui, la démocratisation de l’œuvre d’art et du public à inscrire dans nos espaces et dans la pluridisciplinarité, dans un cadre actuel de postmodernité et de frontières à transgresser."

--> Iselp, 31, bd de Waterloo, 1000 Bruxelles. Du lundi au samedi de 11h à 18h30. www.iselp.be