Politique

La politique est souvent une question très humaine. On en trouve un exemple intéressant et amusant dans la réponse que la ministre de la Culture Fadila Laanan a faite à une question parlementaire de Jean-Louis Crucke. En cause, l’impossibilité d’arriver à un accord de coopération culturelle avec la Communauté flamande. Elle l’avait déjà expliqué à "La Libre" mais y revient ici, et montre qu’un accord que tous les acteurs culturels bruxellois demandent est parfois une question de personnes.

La ministre rappelle d’abord que l’accord de politique communautaire adopté par l’ensemble des partenaires du gouvernement précise que le dialogue sera poursuivi "en vue de conclure un accord de coopération avec la Communauté flamande, complémentaire à celui existant avec la Communauté germanophone ; l’objectif sera notamment de stabiliser de manière légale, juridique et financière les échanges et collaborations entre artistes et institutions tant culturelles que médiatiques des trois communautés et de préparer un plan d’action opérationnalisant les accords envisagés".

Fadila Laanan ajoute cependant que la première priorité est le budget. "Il s’agit de défendre, tant que faire se peut, mes opérateurs dans un contexte difficile. Tout ceci pour dire que je n’ai pas encore eu l’occasion de rencontrer ma collègue néerlandophone et, par conséquent, encore moins d’établir un calendrier." Elle confirme qu’elle a été séduite par son homologue néerlandophone pourtant décriée par le monde culturel flamand. "Il est évident qu’un contact devra être établi avec ma nouvelle collègue, Joke Schauvliege. J’ai constaté qu’elle a été, comme je l’avais été moi-même à mes débuts en 2004, victime d’une forme d’ostracisme d’une partie du monde culturel et médiatique. Personne n’a jamais demandé à un ministre de la Santé d’être médecin ou à un ministre des Travaux publics d’être ingénieur, mais les plaisanteries volent bas dès qu’un ministre de la culture n’est pas issu du "sérail". Je pense que ça devrait créer des liens."

Et de revenir sur ses difficiles contacts avec le ministre précédent, Bert Anciaux. On se souvient qu’elle était tombée un jour dans ses bras à Flagey et on pariait alors sur un accord rapide mais qui n’est jamais venu. "Les choses n’étaient vraiment pas simples avec son prédécesseur. Je n’ai pas eu de problème personnel avec lui, mais son attitude était très ambiguë. Il reparlait du projet d’accord chaque fois qu’il était en difficulté médiatique ou politique, mais, dans le concret, il n’était pas très collaborant : l’accord en question aurait été déséquilibré (entre lui, sans même avoir été mandaté apparemment par son gouvernement, d’un côté, et tout mon gouvernement de l’autre) et très symbolique (il voulait signer un accord où nous nous engagions à collaborer, c’est à peu près tout ; mais tous les dossiers concrets se heurtaient à des difficultés : je ne dois pas vous rappeler son attitude sur Flagey ; refus de subsidiation des ASBL culturelles en Flandre; il a snobé la conférence de presse commune avec le ministre Reynders avant le Festival de Cannes, etc.)"

Fadila Laanan souligne enfin que l’absence d’accord ne l’a pas empêchée de favoriser quand même des initiatives entre opérateurs culturels flamands et francophones : "Heureusement, cette situation n’a pas porté préjudice aux opérateurs puisque je n’ai pas attendu la conclusion d’un tel accord pour soutenir des initiatives impliquant les acteurs culturels des deux Communautés : Zinneke Parade, KunstenFestivaldesArts (dont j’ai augmenté la subvention), Flagey et Wiel’s. Enfin, je trouve positive la démarche commune du Réseau des Arts à Bruxelles et du Brussels Kunstenoverleg, que je subventionne d’ailleurs."