Politique

Beaucoup d’agitation régnait depuis plusieurs jours autour de la restructuration en cours de l’actionnariat de la « SA Flagey, maison de la radio », propriétaire du bâtiment dont elle loue une partie à l’ASBL Flagey, responsable du projet culturel.

Michel Moortgat, à la tête du groupe Duvel-Moortgat, en devient depuis samedi l’actionnaire principal. Il a répondu à nos questions depuis la Californie où il est pour l’instant en voyage.

« Duvel-Moortgat est (avec une trentaine d’autres actionnaires privés) actionnaire depuis le début du projet de la Maison de la Radio il y a 20 ans. Nous sommes en plus, son locataire privé principal avec le café Belga. Nous n’avons pas cherché à acheter les parts des autres actionnaires, ce sont eux qui ont souhaité, après 20 ans, revendre leurs actions. Nous avons alors proposé, avec Hubert Bonnet, de racheter leurs parts. Nous avions dit qu’on était prêt aussi à racheter celles des pouvoirs publics (17 %) si celles-ci le souhaitaient mais qu’en cas contraire on serait heureux de continuer à travailler en bonne intelligence avec eux. Il y a eu le 6 mars une réunion d’information où nous avons bien affirmé notre volonté de pérenniser le projet artistique actuel et notre offre courrait jusqu’au 30 mars. Nous avons racheté dans le cadre de cette offre, 55000 actions sur les 86000 de la SA Flagey. Ce qui avec les nôtres, qu’on avait au départ, porte notre participation à 68 %. »


Trois raisons

On apprenait samedi que les pouvoirs publics autour de la SFPI (société fédérale de participation et d’investissement), déjà propriétaires de 17 % des actions, avaient fait une contre-offre, mais cela n’a pas empêché Michel Moortgat d’obtenir une très large majorité. « Il y a des actionnaires qui ont choisi de ne pas vendre. D’autres ont vendu aux pouvoirs publics dont la part est sans doute montée autour de 20%.On continuera à travailler avec eux, comme toujours. »

Dans une interview au Soir, le président du conseil d’administration de l’ASBL Flagey, Jean-François Cats, avait craint ce glissement dans l’actionnariat ? « Nous avons eu un contact avec lui pour le rassurer. Et comme il craint ce qui pourrait se passer après 2024, date où se termine le contrat actuel liant l’ASBL et la SA, nous avons convenu d’en discuter d’ores et déjà, après Pâques, pour renouveler plus tôt la convention, sur base de la poursuite des conditions actuelles. »

Les craintes viennent du fait que 30 actionnaires, c’est du mécénat, mais un actionnaire majoritaire, c’est le risque que celui-ci veuille coûte que coûte rentabiliser davantage son investissement ?

« Je répète d’abord que ce sont les autres actionnaires qui ont souhaité vendre. Trois points nous motivent : d’abord, assurer le sauvetage d’un joyau architectural comme Flagey, chef-d’œuvre de l’architecte Joseph Diongre. Ensuite, pérenniser l’activité culturelle de Flagey, dont je connais et vois le succès actuel. Je rappelle mon grand intérêt pour la culture : Duvel-Moortgat soutient de nombreuses activités culturelles. Je suis vice-président du Wiels, nous sommes sponsors de la Biennale de Lyon et du pavillon belge à la Biennale de Venise, etc. Enfin, il y a un intérêt économique. Nous voyons qu’il y a dans la partie non culturelle, non louée à l’ASBL, un vide locatif, des locaux non loués. On peut tenter de le faire. Mais je le répète, cela sans augmenter le loyer de l’ASBL et sans augmenter la part de l’horeca dans le bâtiment, au-delà du Belga et du restaurant Variétés. »

Robert Delville étant décédé, les deux autres personnalités historiques du sauvetage de Flagey, Manfred Loeb et Piet Van Wayenberghe vous soutiennent-ils ? « Nous leur avons demandé de siéger encore dans le conseil de la SA pour mieux indiquer notre volonté d’être dans la continuité et cela, même si je ne sais si Piet Van Wayenberghe a vendu ou non ses parts. »