Politique Le film "Chez nous" dépeint les ficelles de l’extrême droite, celle qui menace aujourd’hui la France.

Dans le cadre de la collaboration avec la Fédération Wallonie-Bruxelles, le groupe IPM ("La Libre Belgique", "La Dernière Heure") a organisé lundi une soirée-débat autour de la montée des populismes en Europe. Pour introduire ce brûlant sujet, le film "Chez nous" du réalisateur belge Lucas Delvaux a été diffusé au centre culturel d’Uccle.

"Ce n’est pas un film de militant. Il montre comment fonctionne le Front national et la fonction sociale qu’il remplit." Pour Jean Quatremer, journaliste spécialiste des questions européennes et correspondant de "Libération" à Bruxelles, le portrait du parti nationaliste français dressé par Lucas Belvaux fait mouche grâce à lecture à plusieurs échelles.

Le vrai visage de l’extrême droite

Premièrement, parce qu’il réussit à disséquer la mécanique lepéniste, celle qui va chercher ses candidats dans "la France profonde" et qui lui a permis de grimper dans les sondages. "Le FN est un parti de promotion sociale. Aujourd’hui, les cadres des grands partis de gouvernement - que ce soit les socialistes ou les républicains - sont issus de Sciences-Po ou de l’ENA. Le Front national, au contraire, va chercher des gens qui, jusqu’ici, n’avaient pas accès au pouvoir. Ils vont chercher des bouchers, des épiciers, le médecin du village, le notaire, etc. pour les mettre en tête de gondole et les insérer dans le système. Et ça, c’est passionnant : le FN ne fonctionne pas comme une machine néonazie, il a une façade."

Deuxièmement, parce que derrière cette couche de bienfaisance nationale incarnée à l’écran par André Dussolier, se camoufle le vrai visage de l’assoiffée extrême droite. "Derrière cette façade respectable, il y a les nazis, les identitaires. Ce sont des démagogues : ils fournissent des solutions simples à des problèmes complexes", frappe Jean Quatremer. Son explication résonne comme une partie d’échec : à l’avant, les pions, les Monsieur et Madame Tout-le-monde que l’on pousse en avant et à l’arrière, les pièces maîtresses, les vrais durs, ceux qui poursuivent le pouvoir et n’ont aucune intention de le laisser filer. "On n’a jamais vu un parti d’extrême droite, une fois qu’il a conquis le pouvoir, le rendre volontairement. Ça n’existe pas !"

Le système, source de ses propres maux

Pourquoi autant de citoyens européens sont-ils aujourd’hui attirés par ces démagogues ? Jean Quatremer s’étonne du succès de l’extrême droite, d’autant plus sur un continent aussi riche que l’Europe et où l’accès à l’information n’a jamais été aussi loin. "Ce continent fait envie au reste du monde. La zone des Vingt-huit est sans doute, sur la planète, la plus égalitaire qui soit. Aujourd’hui, il vaut mieux être chômeur en Belgique que travailleur à l’usine en Chine. Et pourtant, une partie de la population se sent exclue par le système politique."

De ce débat, il ressort une idée forte : le système, cet éternel fautif, toujours honni par les extrêmes, est la source de ses propres maux. Composé de trois grands responsables, il faudra qu’il se remette en question pour contrecarrer les noirs desseins de l’extrême droite. Un, les citoyens, qui ne s’informent pas assez. Deux, les médias, qui n’informent pas toujours. Trois, les partis politiques classiques, qui sont coupés des réalités. Car le risque qui plane aujourd’hui sur la France et le Vieux continent est que les peuples européens choisissent de dénoncer un système plutôt que de le modifier. En d’autres mots : "On sombre dans la déraison pour se venger".