La culture à Bruxelles, un bon investissement !

Guy Duplat Publié le - Mis à jour le

Politique

La crise économique est une belle occasion de se pencher sur la culture. Car d’abord, comme le disait lundi Gérard Mortier, c’est aussi une crise des valeurs et c’est la culture qui nous aidera à la surmonter. Mais aussi parce que la culture (au sens large, incluant mode et gastro) est un vrai gisement économique et d’emplois. L’ancien chef de cabinet d’Anciaux disait que la Flandre était connue à travers le monde d’abord par ses artistes, depuis Van Eyck jusqu’à Tuymans. La crise oblige aussi les acteurs culturels à chercher de nouveaux financements. Le bureau d’études Kurt Salmon a senti tout l’intérêt des entreprises culturelles et a réalisé une étude "culture et économie". Elle l’a présentée au récent Forum d’Avignon qui réunit chaque année un panel de haut niveau entreprenorial et culturel. Chacun y a convenu que la culture est un secteur économique important (3,8 % de la population active de l’UE, 4,5 % de son PIB), en croissance, qui génère de l’emploi mais qui, en plus, peut créer une image de marque, améliorer la cohésion sociale, apporter de la plus-value.

Une étude particulière a été réalisée sur la Belgique et singulièrement, Bruxelles, avec des questions à 213 personnes actives en Belgique dans le secteur culturel (choisies souvent parmi les "petites entreprises" à capitaux à majorité privée). Les résultats sont disponibles sur le site www.kurtsalmon.be. L’étude n’évite pas toujours les lieux communs et les approximations. Elle n’aborde pas non plus les outils déjà en place comme le fonds "Start" de la Région wallonne et de la Communauté française qui aide les entreprises culturelles, le succès du tax shelter en cinéma ou le grand PPP (partenariat public-privé qui se prépare dans nos établissements scientifiques). Mais l’étude donne plutôt le "feeling" des acteurs.

Un chiffre est interpellant : si 75 % des gens interrogés estiment que les entreprises culturelles et créatives ont un grand potentiel d’avenir, seuls 51 % estiment que la Belgique est un très bon pays pour s’y lancer !

L’étude pointe des "déficits", selon les personnes concernées. Beaucoup regrettent de n’avoir pas été formés à ce métier de management ou d’entrepreneur culturel, ou de ne pas assez connaître l’anglais. 85 % disent avoir des difficultés d’accès aux financements. Les investisseurs privés leur répondent que l’investissement culturel serait trop "risqué", alors qu’une étude londonienne démontre que cinq ans après leur lancement, ce sont les entreprises culturelles qui résistent le mieux ! Côté secteur public, ils dénoncent un parcours du combattant pour recevoir de faibles montants. Ils se découragent alors de tenter encore leur chance dans un système qu’ils estiment trop opaque. Beaucoup regrettent aussi qu’il n’y ait pas de loi plus contraignante protégeant le copyright de leurs créations. La majorité de ces entrepreneurs culturels (souvent des PME, voire des personnes seules) regrettent le manque d’appui à l’internationalisation. Un architecte disait qu’au Mipim à Cannes, Bruxelles était ridicule face à Londres.

Les enquêteurs de Kurt Salmon estiment que les atouts de Bruxelles sont pourtant énormes ; "elle en a encore beaucoup sous la pédale, disait l’un d’eux. Elle peut être une vraie concurrence pour Paris grâce à son ouverture au monde, son multiculturalisme, son multilinguisme. Elle est la nouvelle Berlin. Mais elle reste pénalisée par l’éparpillement des pouvoirs politiques et des aides". Et attention, souligne l’étude, si on ne bouge pas, on reculera quand on voit la Chine décider d’investir massivement dans la culture.

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