Politique

Ce lundi, le personnel du musée de l’Armée devrait être informé du plan du gouvernement pour son avenir. Et cela suscite à nouveau l’inquiétude dans plusieurs musées fédéraux. Voilà pourquoi.

Le musée de l’Armée a besoin de réinvestissements. Le ministre des Bâtiments, Jan Jambon (N-VA), a annoncé un budget pour réparer les toits. Pour le reste, le ministre de la Défense Steven Vandeput (N-VA, aussi) vient de dévoiler à la Chambre un plan dont le principe a été accepté en conseil des ministres restreint le 20 mai. Le musée serait joint à d’autres services travaillant sur la "mémoire" à l’armée, dans un nouvel ensemble, plus autonome, ayant le statut de parastatal de type B. Le secteur privé serait sollicité par un partenariat public-privé (PPP) pour la rénovation de sa muséologie et pour l’exploitation du musée. Les collections seraient toujours fédérales mais pourraient être partiellement délocalisées dans des "dépôts" régionaux.

"Clusters" en vue

Chez Elke Sleurs, secrétaire d’Etat N-VA à la politique scientifique en charge des dix établissements scientifiques fédéraux (les ESF : musées des Beaux-Arts, Tervuren, Sciences naturelles, Cinquantenaire, Irpa, Bibliothèque royale, Archives, IRM, Observatoire, IAS), on précise que ce type d’accord pour le musée de l’Armée "n’est pour l’instant pas à l’ordre du jour" pour les ESF.

Il n’empêche que cela a réveillé des craintes sur l’avenir fédéral des ESF car le plan préparé pour le musée de l’Armée ressemble à celui qui avait été préparé en décembre dernier (mais pas approuvé) par Elke Sleurs pour les musées fédéraux. Aujourd’hui, pour elle, la priorité semble être la mise en place de l’agence spatiale belge mais dans les musées, certains craignent que le plan de décembre revienne ensuite et soit approuvé aussi discrètement que celui du musée de l’Armée.

Question de confiance

Ce plan prévoyait de regrouper les ESF en deux grands "clusters" (groupes d’institutions; d’un côté les "scientifiques", de l’autre, les "culturels"). Chaque "cluster" recevrait le statut très autonome d’une société anonyme de droit public à finalité sociale (comme Bozar, mais Bozar n’a pas de collections) avec un conseil d’administration par "cluster" qui négociera un contrat de gestion spécifique avec l’Etat. Ces CA seraient ouverts à d’autres partenaires comme les Régions et Communautés, voire le privé et pourraient décider de "délocaliser" en dépôts une partie des collections (ce que laissait déjà entendre la déclaration gouvernementale). Elke Sleurs n’exclut pas que des œuvres qui n’ont pas "leur place dans la collection d’une institution scientifique" puissent être proposées à d’autres institutions publiques situées sur le territoire belge.

Ce plan s’était heurté en décembre au MR et au CD&V. Il ne semble pas avoir évolué depuis.

Il s’agit d’abord d’une question de confiance : si l’objectif de moderniser la gestion est louable, lâcher la tutelle directe de l’Etat fédéral, n’est-ce pas une voie ouverte possible à un démantèlement progressif des collections ?

Elke Sleurs veut les maintenir "sous cette législature, dans le statut fédéral actuel" . Mais pour la prochaine législature, la N-VA ne ferme aucune porte.