Le Palais vénitien démesuré de Cardin

Par Guy Duplat Publié le - Mis à jour le

Politique

Quelle mouche a piqué Pierre Cardin ? Sa tour semble dessinée plutôt pour bluffer un émirat arabe du Golfe ou une ville champignon chinoise, mais pas Venise ! Comment l’empereur du bon goût, le grand couturier, peut-il perdre le sens de la juste mesure pour tomber dans la grandiloquence ?

Pierre Cardin a 90 ans et il veut finir ses jours en offrant à son pays natal, l’Italie (il est né à San Biagio di Callalta en Vénétie, près de Venise, ses parents ayant émigré en France quand il n’avait que deux ans), un immense cadeau : "Le Palais lumière". Immense au sens propre, s’entend. Il s’est dit inspiré par l’image de trois tulipes dans un vase et a demandé à son neveu, l’ingénieur et architecte Rodrigo Basilicati, d’imaginer le "Palais".

Il se composerait de trois tours de 245 m de haut, avec des formes évasées comme des fleurs, avec 60 étages et 72 ascenseurs. Les trois tours sont reliées entre elles par six grands disques, séparés de 35 m les uns des autres. Dans cette vraie ville verticale, on trouverait des appartements de 50 à 400 m2 (on commence déjà à les vendre !), un centre de congrès, une université de la mode et du design, 10 salles de cinéma, un théâtre, 4 hectares de jardins suspendus avec piscines, un centre de fitness, des bars et restaurants (dont un restaurant panoramique avec vue sur Venise et la lagune). Un projet mégalo qui coûtera 1,5 milliard d’euros.

Dès que le projet fut connu, les protestations ont fusé. Certes, les trois tours seraient construites sur la terre ferme et pas dans la lagune ou à Venise même. Mais elles apparaîtront fortement dans le paysage de Venise, dépassant de 140 m le Campanile de la place Saint-Marc. A l’heure où Venise en a assez de voir les gigantesques paquebots, hauts comme des buildings, venir frôler ses quais, cela apparaît comme une atteinte au site. Mais étonnamment, le projet a reçu non seulement des appuis mais même des feux verts sans doute décisifs. D’abord, celui du maire de Venise, Giorgio Orsini, de gauche, qui dirige la ville depuis deux ans. Le gouverneur de la Vénétie (Ligue du Nord) et le président du patronat local, appuient aussi cette idée qui fournirait, disent-ils, 4 000 à 5 000 emplois. Le Palais lumière serait construit sur un espace vide, une friche industrielle de 19 ha qui fut jadis une zone d’industrie pétrochimique. Le 25 juillet, le conseil communal a donné son accord, à une large majorité. Et cela, même si les tours dépassent la hauteur maximale admise par les autorités réglant l’aviation civile. Pierre Cardin veut aller très vite et souhaite inaugurer son Palais en 2015. Si cela ne se faisait pas, la Chine serait déjà candidate à recevoir ce "monument".

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