Politique

C’est une très belle nouvelle pour Bruxelles, bienvenue après tous les déboires des tunnels qui s’effondrent, du lock-down après les attentats et les ennuis du piétonnier. Jeudi, a été signé officiellement un protocole d’accord entre la Région bruxelloise (son président Rudi Vervoort) et le Centre Pompidou représenté à Bruxelles par son président Serge Lavignes et son directeur du musée d’Art moderne, Bernard Blistène.

L’accord a été signé symboliquement dans les ateliers même de l’ex-garage Citroën rachetés par la Région en octobre 2015 pour 20,5 millions et qui doivent être transformés en un «pôle culturel d’envergure mondiale». Les musées d’aujourd’hui aiment ainsi reprendre d’anciens bâtiments industriels emblématiques (comme la Tate à Londres ou le Wiels à Bruxelles).

Le partenariat entre la Région et le Centre Pompidou se développera en deux phases. La première, objet du protocole d’accord signé, est une « phase de préfiguration du projet » et la seconde consistera à le concrétiser sur la base des modalités déterminées durant la phase de préfiguration. La mission de préfiguration, remettra ses conclusions fin juillet 2017.

Elle donnera lieu alors à la signature d’une « convention de partenariat structurel » (un partenariat à durée indéterminée) entre la Région et le Centre Pompidou d’ici la fin de l’année 2017. La date d’ouverture au public du musée est prévue pour 2020 au plus tard.


120.000 oeuvres

Il est donc trop tôt aujourd’hui pour savoir ce que coûtera à la région bruxelloise cet accord avec le Pompidou et quelles seront les oeuvres qui viendront à Bruxelles dans les expositions permanentes. Notons que le Pompidou apportera non seulement une partie de ses immenses collections (il possède 120000 oeuvres et n’en expose que 10 % actuellement), mais aussi son expertise en matière de programmation, de création et de gestion d’une collection permanente, ses connaissances pluridisciplinaires (performances, cinéma, musique avec l’Ircam -le centre de Pierre Boulez, etc.). Nous avions déjà laissé entendre que cet accord se ferait. Le voilà confirmé. Il était indispensable depuis que le fédéral refusait de prêter ses oeuvres à un musée dépendant d’un autre pouvoir.

Serge Lasvignes l’a précisé : « Le Centre Pompidou contribuera à la programmation culturelle, apportera expertise et ingénierie culturelle. Il exercera également une mission de conseil et d’assistance pour la stratégie d’acquisition des collections permanentes et de développement du futur musée ».

Sur Twitter, le Pompidou disait qu’après avoir accueilli Anne Teresa de Keersmaeker et ouvert l’expo Magritte qui fait un triomphe (7000 visiteurs par jour, les 12000 catalogues épuisés en une semaine), « le Centre Pompidou se met entièrement à l’heure belge ! »

Rudi Vervoort ajoutait : « Ce projet constitue un effet levier pour revitaliser le territoire, en retissant les liens entre les deux rives du Canal, mais il a également vocation à devenir le véritable vaisseau culturel de la Région bruxelloise ».

Tout sera culturel

Le projet est lancé sur base de l’étude réalisée sur les potentialités du site par l’association momentanée WAM (l’architecte hollandais Wessel de Jonge, le conseil immobilier Advisers et le bureau d’urbanisme MSA). Finalement, il n’y aura dans les 35000 mètres carrés que du culturel. Pas, donc, d’immobiliers ou de logements.

On y placerait deux grands musées.

D’abord, sur 15000 mètres carrés, un « Musée d’Art moderne et contemporain ». couvrant la période 1920-2020. Ce musée sera construit en partie dans les ateliers existants du Citroën et en partie, dans un nouveau bâtiment à construire sur l’actuel immeuble de bureau du Citroën (pour les oeuvres fragiles).

A côté, sur 9000 mètres carrés, il y aura un « musée de l’architecture » qui reprendra le centre actuel Civa et toutes ses collections qui y déménageront, ainsi que les archives de Sint-Lukas qui viennent d’être intégrées au Civa. Un musée qui a l’ambition de regarder le passé de l’architecture à Bruxelles mais pour mieux envisager l’avenir de son architecture. Le musée sera installé dans la partie nord des actuels ateliers.

A cela, s’ajouteront des « espaces publics », ouverts, gratuits, dans l’actuel « show room » qui sera restauré en y enlevant les planchers intermédiaires parasites. Ce seront des « rues intérieures » avec sculptures , animations, cafés, performances.

Un concours international d’architecture sera lancé très bientôt pour choisir d’ici l’été 2017 un bureau d’architecture qui mènera la rénovation. Les travaux devraient débuter en 2018, pour un coût de 140 millions d’euros et se terminer en 2020. Le musée ouvrirait donc dans quatre ans, lors de l’année 2019-2020, comme point d’orgue d’une année consacrée à l’art contemporain dans la région bruxelloise. « Le politique veut faire de Bruxelles une capitale de l’art contemporain ».

Quel nom ?

L’étude du bureau WAM chiffe le nombre de visiteurs annuels possibles entre 500000 (scénario minimaliste) et un million de visiteurs (scénario maximaliste). Auquel s’ajouterait la première année, 300000 visiteurs par effet de nouveauté.

Rien n’est décidé sur le nom de ce « centre culturel ». On pourrait y voir le nom « Pompidou », garant d’un prestige certain. On pourrait maintenir « Citroën ». Tout reste ouvert.

Comme on le pressentait, Yves Goldstein, 38 ans, est « chargé de mission » à ce stade pour mener ce projet à bien comme il l’a déjà « porté » depuis trois ans. Il le connaît parfaitement et a l’énergie et la manière pour gérer de gros dossiers comme celui-ci. Il répète qu’il n’a pas l’ambition de devenir directeur artistique du futur musée même si, précise-t-il, il se passionne pour l’art contemporain. Yves Goldstein vient de démissionner de son poste de chef de cabinet du ministre-président Rudi Vervoort et aura donc tout son temps pour ce projet.


Multiples collaborations

Autour de ce noyau, on développerait un travail avec les collectionneurs, les galeries et les centres d’art à Bruxelles.

Une première expo, en guise de préfiguration du futur musée sera organisée en 2018.

Le rôle du Pompidou sera capital. Serge Lavignes souligne que c’est un accord « sui generis », « sur mesure » , qui « tient compte de le place de Bruxelles au coeur de l’Europe, du nombre de collectionneurs français à Bruxelles, du dynamisme culturel bruxellois ». Il ne s’agit donc pas d’un simple musée « pop-up » comme le Pompidou a ouvert à Malaga, ni d’une grande « succursale » comme à Metz. Serge Lavignes le compare plutôt au Louvre Abu Dhabi où un grand musée aide à la création d’une autre grand musée et petit à petit, celui-ci constituera ses propres collections.

Le musée comprendra une section d’expo permanente (le musée espère attirer les dons et prêts de collectionneurs) et de fortes expos temporaires

Le futur centre veut donc travailler avec tous les acteurs bruxellois, y compris en arts de la scène comme le Kunsten et le Kaai. On sait que la secrétaire d’Etat à la politique scientifique Elke Sleurs (N-VA) ne veut pas prêter les œuvres du musée des Beaux-arts pour ce musée bruxellois. Elle a annoncé –mais les travaux n’ont pas commencé- que les collections du musée d’Art moderne actuellement fermé seraient réinstallées dans les « extensions » du musée des Beaux-arts sur 2500 mètres carrés, d’ci la fin de la législature. Mais d’autres collections publiques et privées pourraient être intéressées.

Le futur musée se dit ouvert à tous les partenariats.

Dès l’annonce de l’accord, la députée Yamila Idrissi (S.PA) qui supportait le Citroën depuis le début s’est réjouie. Comme par exemple, Charly Herscovici qui est à la base du musée Magritte et se dit prêt à collaborer. Mais beaucoup attendent encore les détails d’un projet ambitieux.


Paul Dujardin directeur de Bozar a réagi pour La Libre

« J’applaudis l’arrivée d’un nouvel acteur comme Citroën, ce qui pour moi ne peut que renforcer la dynamique actuelle au niveau de l’art moderne et contemporain. Bruxelles a la même force de frappe que Berlin. Je ne vois pas cela comme une concurrence. Tout comme Berlin, Dresde et Lyon, Bruxelles offre la même diversité aux maisons culturelles. Nous pouvons encore davantage créer des synergies entre les différentes entités créatives de la ville : de Forest (Wiels / Rosas) à la zone du Canal (Citroën, Tour & Taxis, Mima, Vanhaerents) jusqu’au Monts des Arts (BOZAR, le Musée des Beaux-Arts) et le quartier européen (Cinquantenaire, le Musée de l’Europe). Travaillons donc de concert pour mettre en place un projet structurel d’envergure autour de l’art contemporain à Bruxelles. »