Politique

La gouverneure a maitrisé la chauvesouris. Si cette phrase n'évoque pas grand-chose, sa forme peut en interpeler certains. Oui, on peut désormais écrire «interpeler» avec un seul «l». Logique puisqu'on le prononce comme «appeler». Vous l'aurez compris, ce texte applique la nouvelle orthographe.

La réforme orthographique de 1990 avait pour but de simplifier notre langue et de supprimer quelques anomalies. Mais elle n'est pas obligatoire. On comprend bien qu'une personne ayant écrit toute sa vie en appliquant certaines règles éprouve quelques difficultés à se moderniser. En ce qui concerne les enfants, il est étonnant de remarquer que certains d'entre eux apprennent toujours les anomalies en question. On leur dit parfois d'écrire «chariot» alors que ce mot appartient à la même famille que «charrette», avec deux «r» cette fois.

Quelques chiffres

Une enquête a été réalisée en 2002 et 2003 (et publiée en 2006) auprès de 306 étudiants francophones (en langues et littératures romanes et classiques ou en dialectologie pour la plupart) pour déterminer le pourcentage de personnes connaissant ou appliquant la nouvelle orthographe. Résultat: les Belges viennent en tête. Un peu plus de 60 pc des étudiants qui ont répondu aux questionnaires affirment connaitre («connaître» en orthographe traditionnelle) les rectifications de 1990. Nous sommes suivis de près par les Suisses qui répondent positivement à plus de 53 pc. Viennent ensuite les Québécois à 38 pc, et enfin les Français, qui trainent les pieds avec 10 pc.

La réforme devrait avoir pour avantage de clarifier les règles et de diminuer le nombre de fautes d'orthographe. Mais les résultats escomptés ne sont pas toujours là. Les enquêteurs ont remarqué une certaine confusion entre l'orthographe traditionnelle et l'orthographe rectifiée. En Belgique, cela ne semble pas poser de problème. Au Québec, par contre, 9 pc des personnes interrogées confondent les deux orthographes, en Suisse, 7 pc, et en France, 3 pc.

Cela dit, si dans un même texte les deux orthographes sont mélangées, cela n'est pas considéré comme une faute, du moment que l'auteur reste cohérent et n'emploie pas deux fois le même mot différemment. Les correcteurs des Championnats d'orthographe de Belgique acceptent d'ailleurs les deux.

En phase avec l'évolution

Si certains ne les appliquent toujours pas (car perdus ou conservateurs), les rectifications correspondent pourtant naturellement à l'évolution de notre usage écrit du français. Elles facilitent donc l'écriture. Plus besoin de s'arracher les cheveux pour savoir s'il faut «s» à «chausse» quand «chausse-trappe» est au pluriel. Il suffit maintenant de lier les deux mots et d'appliquer la règle générale du pluriel.

Au total, six nouvelles règles ont vu le jour en 1990. Elles concernent les traits d'union, le pluriel (des noms composés et des noms étrangers), les accents et les trémas, la simplification des consonnes doubles, l'accord du participe passé de «laisser» suivi d'un infinitif et les anomalies.

En 1993, de nouveaux mots sont apparus... On a maintenant souvent l'occasion de rencontrer une magistrate ou une professeure grâce à la féminisation de certains mots. Un peu plus tard, d'autres mots sont venus faire concurrence à l'anglais. On ne dit donc plus e-mail mais courriel, downloader mais télécharger. La plupart des termes anglais trouvent leur équivalent en français. Et si ce n'est pas le cas -parce que le terme anglais est plus utilisé par les francophones ou que le terme français est méconnu de la grande majorité-, ils obéissent toutefois aux règles imposées par la grammaire française. En tout, ce sont 4 000 mots (1) qui sont venus enrichir notre langue.

En pratique

La mise à jour des dictionnaires se fait petit à petit. «Le Robert» et «Le Larousse» reprennent à 60 pc les réformes. Hachette, en revanche, depuis son édition de 1991, fournit la totalité des rectifications.

Les correcteurs d'orthographe électroniques donnent le choix. Le logiciel «Antidote Prisme» est à la fois un correcteur grammatical, un dictionnaire de synonymes et un «conjugueur». Il corrige les fautes en proposant la solution dans les deux orthographes. Certains journaux, comme «Le Ligueur» ou «La Revue générale» appliquent les nouvelles règles. Mais la plupart des quotidiens continuent avec les anciennes.

L'orthographe française est assez difficile à maitriser, la réforme est là pour tout simplifier. Mais il semble que le peu de publicité dont elle bénéficie n'aide pas les francophones à se mettre au gout («goût») du jour.

© La Libre Belgique 2006