Politique

Guy Brasseur, député FDF dans les années 80, et surtout brillant scientifique, directeur du département météorologie au Max Planck Institute, jette à son tour l'éponge. Il était candidat à la direction de l'Institut d'Aéronomie spatiale, un des dix établissements scientifiques fédéraux (avec les grands musées, la Bibliothèque royale, l'IRM, etc.). Lors des premiers examens (annulés après un recours au Conseil d'Etat), il était quasi assuré de succéder à Paul Simon. Il incarnait le fait que la longue procédure (deux ans!) permettait d'attirer de brillants talents extérieurs (le Max Planck est un des centres les plus cotés au monde).

Mais il vient à son tour de jeter l'éponge. Dans une lettre à Philippe Mettens, président de la Politique scientifique, il pose un regard très critique. «J'ai décidé de ne pas poursuivre les étapes requises pour obtenir le poste de directeur général de l'Institut d'Aéronomie spatiale de Belgique. Ayant participé pendant près de deux ans à la procédure de sélection, je crois utile de vous faire part de mes motivations. Les établissements scientifiques fédéraux belges sont appelés à développer des programmes de recherche de premier plan, et ainsi à s'insérer avec succès au sein des programmes scientifiques internationaux. Ces établissements se doivent donc de mettre en oeuvre des travaux de la plus haute qualité qui assurent la réputation internationale de nos chercheurs et situent la recherche belge au niveau des grands pays industrialisés. La procédure suivie pour le choix des directeurs généraux a clairement montré que les intentions des autorités belges sont sans rapport avec les exigences de qualité scientifique.»Il est, en effet, surprenant de constater que l'appel aux candidatures ne met l'accent que sur les seules compétences de management (certes importantes), sans la moindre considération pour les aptitudes scientifiques des candidats, ni pour leur réputation internationale ni même pour leur aptitude à développer une vision à long terme pour leur établissement. Le titre de docteur n'est même pas exigé de la part de ceux qui se présentent. Aucune liste de publications n'est demandée dans un formulaire (curriculum vitae) préétabli et complètement inadapté pour un candidat dont la tâche première sera d'encourager des travaux de recherche et de service public.»J'ai eu l'occasion de participer - plusieurs fois avec succès - à des procédures de sélection similaires dans plusieurs pays d'Europe et aux Etats-Unis. Bien que là aussi, les aptitudes de management revêtent une importance réelle, jamais les candidats n'étaient jugés sans prendre en compte leurs compétences et leurs intérêts scientifiques. Je ne vous étonnerai pas en vous disant que, dans plusieurs pays européens, des mesures d'encouragement à la recherche scientifique ont été mises en oeuvre par les gouvernements respectifs, souvent à la suite d'évaluations conduites par des comités internationaux. Je souhaite, pour ma part, que les objectifs de qualité scientifique que l'on trouve dans nos pays voisins, soient également rencontrés en Belgique. Hélas!, la procédure d'évaluation des candidats ne m'a pas persuadé qu'il en était ainsi.»

Après Daniel Cahen

Cette critique rejoint celle de Daniel Cahen, directeur sortant de l'Institut des Sciences naturelles qui, lui aussi, a renoncé, «humilié», disait-il, de voir que n'importe quel diplôme universitaire suffisait pour postuler. Interrogé, Philippe Mettens remarque qu'au moins, maintenant, il y a une procédure, ce qui évite l'arbitraire de jadis. Il a reçu des commentaires très divergents, beaucoup de candidats louant, dit-il, le sérieux du travail de sélection. Les examens mis en cause (de comptabilité) ne comptant que pour très peu et servant surtout à tester les candidats dans des situations déstabilisantes.

Les derniers examens se terminent. Le jury pour le Musée des sciences naturelles doit faire face à un afflux de candidats et se réunira jusqu'au 20 janvier. Philippe Mettens recevra alors les candidats les mieux placés pour les dix établissements. Et le ministre Marc Verwilghen devrait décider en février.

© La Libre Belgique 2004