Politique

L'année 2007 a été éprouvante pour Luc Pire qui a dû batailler ferme devant les tribunaux pour se voir confirmer l'achat de Labor éditions. Mais l'éditeur ne veut pas en rester là. Lors d'une réunion de presse, il a fait le bilan de son groupe après ces acquisitions successives et esquissé sa prochaine stratégie.

Côté bilan, il rappelle que les éditions Luc Pire sont nées en 1995 en se spécialisant d'abord dans les livres politiques et d'humour. Cette année encore, son best-seller incontestable est le dernier livre de Kroll (mais n'oublions pas qu'il publie aussi le recueil des "Poux" de "notre" Cécile Bertrand).

Depuis 2005, Luc Pire s'est lancé, à cause des aléas du marché, des opportunités et des difficultés des autres, dans une politique d'acquisitions. Il relançait d'abord "Le grand Miroir", maison d'édition littéraire, puis il reprenait et relançait "La Renaissance du livre", spécialisée plutôt dans les beaux livres. En 2007, il reprenait la petite maison d'édition "Que", spécialisée en psychanalyse (les livres de Serge André surtout), et surtout, cette année fut celle du rachat de Labor littérature, dont "Espace nord", la collection de littérature poche. Un rachat qui se concrétisera en 2008.

Cette politique d'expansion a bénéficié de la nouvelle structure financière du groupe qui, depuis 2005, a RTL-TVI comme actionnaire majoritaire (à 75 pc). Luc Pire conservant le reste des parts. Luc Pire édite ainsi dorénavant "RTL éditions". Dans ce groupe contrôlé par RTL, Luc Pire reste néanmoins directeur.

Cette expansion se manifeste dans les chiffres. Le nombre total de titres édités par le groupe est passé de 75 en 2005 à 131 en 2006 et 150 l'an dernier. Le Grand Miroir voit ses titres passer de 8 en 2005 à 27 l'an dernier, tandis que "La Renaissance" est montée de 12 titres en 2005 à 38 en 2007. Côté chiffre d'affaires, Pire est passé de 2,48 millions d'euros en 2005 à 4,1 millions en 2007, chiffres éditeur. Car, vu du côté des libraires et compte tenu de leurs commissions, ces chiffres sont quasi doublés.

"Nous étions une maison de livres vite faits, bien faits. Avec la Renaissance du livre, on est passé à une autre dimension. Nous avons même en chantier un énorme ouvrage, une encyclopédie des deux guerres mondiales à sortir en 2013 !"

Les aides pour Labor

Cette expansion s'est faite sans pertes, souligne Luc Pire. Chaque année fut bénéficiaire et 2007 devrait encore l'être de quelque 100000 euros (à confirmer avec le retour des invendus). Une rentabilité cependant faible selon les actionnaires, souligne-t-il. Il entend dès lors améliorer son impact en France (le groupe n'exporte que 20 pc de sa production pour l'instant) grâce à un attaché de presse et un commercial français. Il veut aussi "rationaliser" son offre par départements mais surtout, c'est le plus spectaculaire, il réalisera dans le premier semestre 2008 avec son actionnaire une réflexion stratégique sur la place du groupe et son avenir.

Pour Luc Pire, le marché belge francophone de l'édition n'est plus composé, hors lui, que de petites niches. Pour consolider le groupe, il pense alors étudier les opportunités en France mais aussi en Flandre pour confirmer sa croissance. Par des accords ou par des rachats ? Rien n'est encore décidé.

Luc Pire bénéficie déjà de subventions de la Communauté française pour son rôle littéraire, soit 40000 euros. Il compte bien que l'aide apportée jusqu'ici à Labor Littérature (114000 euros par an) lui restera acquise. "Sans cela, je n'atteindrai pas le point d'équilibre."

Il présentera dans les prochains mois ses plans autour de Labor. Mais il souligne la mise en place d'une "structure professionnelle", avec par exemple sept éditeurs qui guident et conseillent les auteurs. "Des auteurs que je paie", dit-il comme s'il s'agissait d'une exception.