Politique

L’annonce des difficultés budgétaires au Wiels, le centre d’art contemporain de Bruxelles, a fort ému les milieux artistiques et culturels. L’inquiétude est vive depuis que se confirme le refus de Beliris (l’institution fédérale qui paie des projets bruxellois) de payer les 2,7 millions d’euros promis pour l’achèvement de la rénovation du bâtiment (lire nos éditions de samedi). Faute de ce paiement, les créanciers du Wiels pourraient amener l’institution à fermer ses portes.

Mercredi, se tiendra un conseil d’administration qui pourrait prendre une mesure d’urgence, sous forme d’une action en Justice contre l’Etat fédéral afin qu’un juge tranche le litige qui oppose Beliris au Wiels, et de faire patienter encore ainsi les banques. On sait que Beliris s’appuie sur un avis négatif rendu par l’Inspection des Finances (IF) en octobre 2008 et indiquant qu’il y a, selon lui, un conflit d’intérêts pour une administratrice du Wiels qui est aussi présidente du CA de CitBlaton, adjudicataire partiel des travaux. Le Wiels a contesté cet avis, expliquant qu’il a respecté les règles des marchés publics et qu’un éventuel conflit d’intérêts ne concernerait que des fonctionnaires, ce que les administrateurs du Wiels ne sont pas. La discussion a continué sans résultat jusqu’à risquer de devoir fermer une institution phare de Bruxelles qui doit compenser une très longue absence de l’art contemporain à Bruxelles.

Du côté de chez Charles Picqué, ministre-président bruxellois, le chef de cabinet, Benjamin Cadranel, estime que la Région a déjà fait plus que son devoir. "Elle est la plus pauvre des trois et n’a pas de compétences culturelles. Malgré ça, nous sommes déjà largement intervenus dans de nombreux dossiers culturels, y compris le Wiels dont nous avons largement payé la rénovation (ndlr : le bâtiment appartient à la Région et est loué sous bail emphytéotique au Wiels). On devrait nous tresser des louanges." Il se dit très concerné par ce qui arrive au Wiels, mais "la région n’est pas concernée par ce conflit entre Beliris dépendant du fédéral et l’asbl Wiels et qui porte sur un avis de l’IF qui a des doutes sérieux sur la régularité du marché. Nous ne pouvons pas intervenir, n’étant pas concernés, et devons être prudent face à l’avis d’un fonctionnaire assermenté."

Chez Laurette Onkelinx, ministre responsable de Beliris au fédéral, la porte-parole répond que suite aux débats avec l’asbl Wiels, un avis juridique a été demandé en juin, sur ce problème de conflit d’intérêts et qu’il a confirmé les doutes de l’IF. On y explique qu’une réunion entre le Wiels et Beliris aura lieu ce jeudi 17 décembre et "qu’on verra si le Wiels vient avec des nouveaux éléments juridiques qui pourraient lever les objections de l’IF". Mais entretemps, le CA du Wiels, en assignant l’Etat, pourrait remettre le conflit d’interprétation de la loi sur les marchés publics entre les mains d’un juge qui dirait qui, de Beliris ou du Wiels, interprète bien la loi.