Politique

C’est fait. Mons a été choisie mardi, "à l’unanimité et avec les applaudissements" comme capitale culturelle européenne en 2015 par un jury international. Certes, il subsiste encore une procédure officielle à terminer, le gouvernement belge devra transmettre l’avis du jury à l’Union européenne et le Parlement européen devra ratifier ce choix, mais c’est de pure forme. L’essentiel est là et ce mercredi soir déjà, vers 19h, une fête conviviale est annoncée sur la Grand-Place de Mons et au Théâtre royal pour fêter cela avec musique et DJ.

Le combat de Mons, de son bourgmestre Elio Di Rupo et d’Yves Vasseur, directeur du théâtre Le Manège et commissaire pour Mons 2015, avait débuté en 2003 déjà et fut semé d’embûches. Il fallait convaincre les villes flamandes que c’était au tour d’une ville wallonne. Il fallut convaincre Liège que le choix de Mons était fondé. Cela se fit au prix d’accords de collaboration avec ces villes. Le règlement européen donnait à la Belgique une possibilité d’être ville culturelle en 2015 après les choix d’Anvers en 1993, Bruxelles en 2000 et Bruges en 2002. Mons n’a finalement pas raté cette chance. Et ce choix fait partie d’une politique ambitieuse de la Ville pour faire de la culture et de la technologie des fers de lance de son renouveau sur l’exemple de Lille et de sa maire, Martine Aubry. Depuis plusieurs mois, le suspense avait largement disparu. Les candidatures un moment annoncées ou possibles, de Malines et de Liège, avaient pu être désamorcées. Il n’y avait plus que Mons en lice, mais il restait à convaincre un jury indépendant et international composé de 13 membres : six Belges (moitié francophones, moitié flamands) et sept Européens, et présidé par l’Anglais Sir Scott qui avait déjà participé à Liverpool capitale culturelle.

Le jury a rencontré pour la seconde fois l’équipe du projet montois au début de cette semaine. Ce lundi, quatre membres du jury visitaient la ville pour "sentir" la mobilisation des Montois. Et hier, tout l’après-midi, le jury recevait une délégation de dix personnes menées entre autres par Elio Di Rupo (PS), Richard Miller (MR), Yves Vasseur et Marie Noble (l’équipe Mons 2015), Didier Fusiller (Lille 2004) et Carine Doutrelepont (juriste). Quarante-cinq minutes d’exposé, puis un jeu de questions/réponses, la délibération du jury et l’acceptation formelle avec les félicitations.

Mons sera capitale culturelle en 2015 en même temps qu’une ville de Tchéquie encore à déterminer mais avec laquelle Mons nouera des liens.

Le slogan du projet est "Là où la technologie rencontre la culture". Mons joue la carte des arts numériques, des nouvelles technologies (Microsoft, par exemple, s’est installé à Mons). Le thème clé de la numérisation, explique Yves Vasseur, sera décliné dans les quatre éléments qui forment la culture : les images, les sons, les mots et la mémoire. Pour chacun, on peut utiliser la numérisation pour créer de nouveaux ponts.

Pour chaque élément, une personnalité historique importante et à dimension européenne à été choisie qui fédérera les expos, concerts, etc. qui seront proposés. Ce sera Vincent Van Gogh pour les images (le peintre a vécu à Mons fin 1879 et début 1880). Van Gogh peut par exemple aussi être traité par les mots et par la mémoire (celle du Borinage où il vécut). Pour les sons, c’est le musicien de la Renaissance Roland De Lassus, né à Mons en 1532. Pour les mots, c’est le poète Paul Verlaine qui fut emprisonné à Mons de 1873 à 1875 après avoir tiré sur Rimbaud à la place Rouppe à Bruxelles. Pour le thème de la mémoire, c’est Saint-Georges, le saint du Doudou, qui sera au centre des passerelles proposées grâce au numérique.

Chaque fois, on insistera sur le parcours européen de ces personnalités.

Il est encore trop tôt pour en dire davantage car c’est maintenant que le travail concret va commencer avec les nombreux partenaires déjà décidés. Des partenaires muséaux comme le Mac’s au Grand-Hornu et le musée de la Photographie à Charleroi. Des villes partenaires en Wallonie (Liège, Namur) en Flandre (Bruges, Malines, Gand, Courtrai) et en France (Lille, Maubeuge, Valenciennes).

Pour financer le projet, un budget minimal de 78 millions d’euros est prévu dont le plan de financement est fixé (et la somme est déjà formellement acquise à 85 pc), payé par la Région wallonne, la Communauté française, la Province du Hainaut et la Ville de Mons. Et des sponsors privés encore comptés à un niveau minimum.

C’est une Fondation Mons 2015, présidée par Guy Quaden, gouverneur de la Banque nationale, qui gère ces finances et est le CA de Mons 2015. Les premiers millions ont déjà été engrangés. L’équipe opérationnelle est menée par Yves Vasseur, Marie Noble et Françoise Foulon, directrice du Grand Hornu images, entre autres.

Le projet Mons 2015 est aussi, comme dans le cas d’autres villes européennes de la Culture, prétexte à équiper la ville de nouveaux bâtiments. Ces projets ont des financements acquis et viennent en plus de Mons 2015. C’est la nouvelle gare TGV dessinée par Calatrava et prévue pour 2014. A côté viendra un centre de congrès pour 1000 personnes et une salle de rock en sous-sol. Dans le quartier du Manège s’érigera le bâtiment de la Fondation qui sera un centre de rencontres et, d’autre part, le bâtiment d’Arsonic qui abritera les Musiques nouvelles de Jean-Paul Dessy. Sur le site de la Machine à eau, on construira un "mémorial de la paix" (un nom qu’on préfère à "musée de la guerre") qui offrira une réflexion sur les grandes batailles qui eurent lieu à Mons et, entre autres, le fait que le premier et le dernier tué anglais de 14-18 le fut à Mons, ce qui attire un large tourisme anglais.

Nous reviendrons ce samedi sur la philosophie du projet avec Yves Vasseur, dans notre grand entretien du week-end.