Politique

En France, le ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand, n’est pas peu fier d’annoncer qu’il a obtenu 750 millions d’euros pour un grand plan de numérisation des collections des institutions nationales, à commencer par la Bibliothèque nationale (BNF). Sarkozy a accepté d’inclure cet énorme montant (mais pluriannuel) dans le Grand emprunt qui sera lancé. Dans tous les pays, l’enjeu de la numérisation des collections est essentiel. Ce qui ne sera pas sur Internet n’existera plus aux yeux des chercheurs et même du grand public. Et cet enjeu se double de la volonté de rester autonome et de ne pas tomber dans l’escarcelle d’un géant comme Google. Fin novembre, les ministres de la Culture européens se sont réunis à Bruxelles pour harmoniser leurs vues sur la numérisation du patrimoine européen. Viviane Reding, la commissaire européenne pour les nouvelles technologies, avait souligné : "Si nous n’y prenons pas garde, les normes pour la numérisation seront américaines et ce serait une catastrophe culturelle." "La numérisation ne peut être laissée au seul secteur privé. Sinon des géants comme Microsoft ou Google vont chercher ce qu’il leur faut dans nos bibliothèques et les auteurs n’auront rien ." Mitterrand a proposé alors de créer un "comité des sages" pour fixer le fonctionnement des partenariats privé/public (PPP) européens en matière de numérisation, pour "développer une doctrine commune et lisible sur les conditions de ces PPP". C’est dans ce contexte qu’on attend, pour janvier, le plan belge de numérisation. En 2003 déjà, le bureau Van Dijck avait indiqué qu’un minimum, "le scénario de base", serait de prévoir 147,7 millions pour numériser les 60 collections des établissements scientifiques fédéraux (ESF) et la Cinémathèque, ces dossiers étant dits prioritaires. En 2004, le Conseil des ministres approuvait un plan décennal, mais celui-ci ne put se faire car il prévoyait une aide de la Banque européenne d’investissement (BEI) qui n’a pas pu se concrétiser. Néanmoins, 15 millions d’euros ont déjà été dégagés (sans compter les ESF travaillant sur fonds propres en ce sens) pour numériser par exemple les catalogues des bibliothèques des ESF ou les journaux de la Bibliothèque royale (3 millions de pages !) Mais ce montant est loin d’être suffisant. La ministre de la Politique scientifique, responsable des ESF, Sabine Laruelle, a alors annoncé, fin 2008, qu’elle lancerait un PPP, partenariat privé-public. Un marché public a été lancé en ce sens en juin dernier dont on ne connaît pas le résultat. Un second appel d’offres a été lancé pour bénéficier d’une aide externe pour finaliser le cahier des charges de ce PPP, important financièrement et délicat politiquement. Officiellement, on n’en connaît pas plus aujourd’hui, mais la ministre annonce une conférence de presse pour janvier.