Politique

"La survie des labels est un point essentiel. Ils fournissent une structure professionnelle", insiste d’emblée Redboy, musicien (pro) depuis douze ans, dans My Little Cheap Dictaphone (MLCD) et Hollywood Porn Stars, et au sein du collectif JauneOrange. Dans le plan Laanan, il souligne la volonté de professionnalisation du secteur, "importante pour s exporter et avoir accès aux médias" ,témoigne-t-il. Le hic, actuellement, c’est l’infrastructure, indique le musicien. "En Flandre, ils ont des salles super bien équipées, des locaux de répétition, etc. La Wallonie est en retard. A Liège, on n’a même plus une salle pour nos concerts, on doit louer le Manège." C’est là que MLCD présentera, en mai, "The Tragic Tale of a Genius". Un opéra pop qui aurait difficilement pu voir le jour sans l’aide à la création et à la résidence d’artiste. Il a permis de "répéter de manière professionnelle, avec les équipes son et lumières, de travailler avec un metteur en scène et un scénographe, et de réaliser les vidéos et décors nécessaires".

(Vincent) Liben, lui, entrevoit une lueur d’espoir dans l’annonce d’incitants financiers à la diffusion de certains spectacles. Son concert se trouve dans deux des catégories visées. D’une part, il s’agit de (nouvelle) chanson française, "un genre qui n’a clairement pas la même exposition que le pop-rock", constate Liben, par ailleurs leader de Mud Flow ; de l’autre, le cachet atteint les 2500 €. Dans ces conditions, "il est très difficile de trouver des salles, témoigne-t-il, y compris du côté des centres culturels. On me dit : c’est OK pour 1 000 €. Impossible quand on est sept musiciens plus un ingénieur du son, à moins que chacun touche finalement 50 € nets, ou que j’accepte de jouer en duo, mais je ne veux pas brader mon spectacle. Vous imaginez si on fait tous ça, à deux ou trois, guitare-voix ? Au final, les gens vont s’emmerder et ce sera un nivellement par le bas". Difficile, d’autre part, de trouver sa place en radio : "En Communauté française, on manque de programmations faisant une place à la chanson, comme il y en a en France."

"Ce plan est plein de bonnes intentions, mais tout est matière à discussion", commente, de son côté, Philippe Decoster, actif dans le label 62TV Records et Nada (booking et management). Il est perplexe face à la réorientation de l’aide à la production discographique. Dans les cas qu’il a connus, elle a varié entre 3 000 à 10 000 € : "Ce n’est pas négligeable, et elle a été bien utile." Ce qui l’inquiète, c’est l’idée de limiter le nombre de bénéficiaires : "Sur quels critères va-t-on les choisir ? L’originalité et surtout la qualité sont des notions vagues, en musique non classique." Du côté de l’aide à la promotion, le chiffre de 20 000 € pour un disque, relayé par la ministre, lui semble aberrant : "Avec ça, on fait toute la production et la promo d’un disque ! Il me semble qu’on confond promotion avec marketing, là." N’empêche, il ne faut pas négliger la commercialisation de l’œuvre, insiste-t-il. "Avoir un morceau sur iTunes, c’est facile, mais c’est comme être dans un annuaire téléphonique", note Philippe Decoster. Qui doute de l’utilité de la plateforme d’écoute "Larsen". "Il y a déjà moyen de trouver tout sur Internet, et ce type d’initiative existe déjà, en Flandre notamment. Cette bibliothèque est intéressante, mais il y a d’autres urgences."