Politique

Nous avons déjà évoqué à plusieurs reprises les difficultés dans lesquelles se trouve le Wiels au point que son avenir pourrait être menacé. Perspective absurde, scandaleuse alors que le Wiels, centre d’art contemporain ambitieux et d’envergure à Bruxelles, enfin là après avoir été réclamé depuis des décennies, a terminé l’année en équilibre financier, a accueilli en 2009 quelque 40000 visiteurs et a démontré amplement son rôle pour le quartier, pour le rayonnement de Bruxelles et pour la diffusion de l’art actuel.

Un signe : lors de l’ouverture fin janvier du nouveau musée Fokwang à Essen, en feuilletant les magazines d’art allemands et anglais, le seul lieu belge qu’on y trouvait était le Wiels pour l’importante exposition Gonzales-Torres qui s’y tient actuellement. Les mois précédents, les expos Tuymans, Ann Veronica Janssens, Mike Kelley et, l’automne prochain, l’expo Francis Alÿs, ont placé le Wiels et Bruxelles sur la carte internationale de l’art d’aujourd’hui. De plus, le Wiels joue un rôle essentiel dans le quartier et dans l’appui à de jeunes artistes.

L’inquiétude est vive depuis que, fin décembre, s’est confirmé le refus de Beliris (l’institution fédérale qui paie des projets bruxellois) de payer les 2,7 millions d’euros promis pourtant en 2009 pour l’achèvement de la rénovation du bâtiment. Faute de ce paiement, les créanciers du Wiels pourraient amener l’institution à fermer ses portes. Le conseil d’administration tient prête une action en Justice contre l’Etat fédéral afin qu’un juge tranche le litige qui oppose Beliris au Wiels, et de faire patienter encore ainsi les banques. Mais le CA tient cette "arme" de côté aussi longtemps que les négociations en cours avec Beliris se poursuivent.

On sait que le refus de Beliris s’appuie sur un avis négatif rendu par l’Inspection des Finances (IF) en octobre 2008 déjà et indiquant qu’il y a, selon elle, un conflit d’intérêts pour une administratrice du Wiels qui est aussi présidente du CA de CitBlaton, adjudicataire partiel des travaux. Le Wiels a contesté cet avis, expliquant qu’il a respecté les règles des marchés publics et qu’un éventuel conflit d’intérêts ne concernerait que des fonctionnaires, ce que les administrateurs du Wiels ne sont pas.

Du côté de chez Charles Picqué, ministre-président bruxellois, le chef de cabinet Benjamin Cadranel estimait que la Région a déjà fait "plus que son devoir". Chez Laurette Onkelinx, ministre responsable de Beliris au fédéral, la porte-parole répondait que, suite aux débats avec l’ASBL Wiels, un avis juridique avait été demandé en juin, sur ce problème de conflit d’intérêts et qu’il a confirmé les doutes de l’IF. On y explique qu’on "verra si le Wiels vient avec des nouveaux éléments juridiques qui pourraient lever les objections de l’IF".

On en est apparemment toujours là et les créanciers sont à la porte. Fermer le Wiels ne résoudrait cependant rien en dehors du gâchis pour le centre d’art. Cela laisserait la Région bruxelloise propriétaire d’un magnifique bâtiment dont elle devrait quand même payer la fin des travaux. Et qu’en faire ensuite ? Personne ne comprendrait qu’on ne trouve pas une solution après avoir déjà tant investi dans ce beau projet.

Une pétition vient d’être lancée sur www.helpwiels.org qui connaît déjà un beau succès (hier il y a avait plus de 2100 signataires dont des artistes (Koen Van den Broeck, Mark Manders), des galeristes (Xavier Hufkens, Rodolphe Janssen) et de nombreuses personnalités culturelles. On attend encore la solidarité des autres musées bruxellois qui ont tout intérêt à ce que Bruxelles soit une ville attractive sur le plan culturel.

La pétition s’adresse à Yves Leterme et Laurette Onkelinx. On y lit entre autres : "La rénovation de l’ancienne brasserie Wielemans a permis d’effacer le souvenir de chancre urbain que fut ce site, longtemps laissé à l’abandon. Le fonctionnement actuel du bâtiment agit en tant que catalyseur pour l’ensemble du quartier et attire des visiteurs venus de Bruxelles, Belgique, mais également de l’ensemble de l’Europe. En tant que citoyens concernés et engagés, nous ne pouvons admettre et comprendre que nos dirigeants politiques, sous prétexte d’éventuelles fautes de procédure, refusent d’octroyer les subventions de rénovation dues et promises aux gérants et utilisateurs du patrimoine bruxellois, centre d’art et de vie citoyenne qu’est le Wiels. Un manque d’engagement face à cette institution phare aura manifestement pour conséquence la rechute de la place de Bruxelles au niveau national et international en matière d’art contemporain ainsi que la mise en péril de la vitalité urbaine et sociale de la capitale. Nous souhaitons une solution ainsi qu’une exécution rapide pour ce dossier."

www.helpwiels.org