Politique

Paul Magnette est parti fin décembre pour Charleroi en laissant ouverts de nombreux dossiers de politique culturelle fédérale comme l’avenir du musée d’Art moderne, les nominations dans les établissements scientifiques fédéraux, etc. Philippe Courard, PS, né en 1966, ancien enseignant dans le secondaire (sciences), longtemps bourgmestre d’Hotton, était déjà Secrétaire d’État aux Affaires sociales, aux Familles et aux Personnes handicapées. “Avec la politique scientifique, j’ouvre mon horizon à autre chose que le social et je suis ravi de m’occuper de sujets aussi passionnants que trop peu connus comme notre avion qui survole la Mer du Nord ou notre centre de recherche à Mol.”

Vous ne serez un poste qu’un an, jusqu’aux élections de juin 2014 ? Cette idée de “rationalité par la fusion” est parfois contestée. Un exemple : il y a 63 groupes de travail pour étudier ce qu’on va faire ! Cela prend une énergie folle.

Je sais qu’il y a des contestations et c’est légitime, tout changement fait peur. Certains, je pense à l’Irpa (l’Institut du patrimoine artistique), craignent de voir leurs missions rabotées alors que c’est le contraire. Tout ce travail préparatoire doit aboutir bientôt à des notes d’orientation soumises au gouvernement.

En attendant, près de la moitié des établissements scientifiques fédéraux fonctionnent avec des directions intérimaires, parfois depuis deux ans ! On dit que les directions des pôles art et espace sont déjà promises à Michel Draguet (Musée des Beaux-arts) et Ronald Van der Linden (Observatoire royal).

Pas du tout. On veut, au contraire, ouvrir grand le jeu et rendre ces postes de directeur de pôle le plus attractif pour attirer de grands formats belges et étrangers. Nous avons des Belges qui dirigent des grandes institutions culturelles à l’étranger, l’opposé doit être possible. Camille Pisani qui dirige les Sciences naturelles est d’ailleurs française.

Les journaux ont parlé du vif conflit entre Philippe Mettens, patron de votre administration, et le gouvernement wallon qui veut qu’il lâche le maïorat de Flobecq. N’est-il pas fragilisé ?

Nullement, on mêle deux choses fort différentes. J’ai confiance en lui comme président de mon administration dont il s’occupe pleinement (hors d’un petit congé politique). Pour le reste, c’est à la Région de voir comment appliquer ses règles.

Les directeurs des pôles dirigeront tout ?

Ce seront des coordonnateurs qui devront s’appuyer sur les directions de chaque entité (les trois institutions culturelles dans le pôle art). Ce serait dangereux de vouloir tout contrôler.

Va-t-on déménager les collections d’un musée à un autre ?

C’est le redéploiement. Je voudrais ici, aborder un point sur lequel je veux insister durant mon court mandat : il y a beaucoup d’œuvres dans les caves des musées et, d’autre part, un vrai problème de mobilité du public. Combien de personnes du Luxembourg viennent-elles visiter les musées bruxellois ? Pour un rural comme moi, aller à Bruxelles, c’est compliqué, ne fût-ce que pour les parkings. J’ai constaté par exemple, qu’il y a plus de mandataires PS qui viennent quand une réunion se tient dans le Brabant wallon que quand c’est à Bruxelles. Bref, je voudrais aussi amener les collections (pas le second choix) vers les gens. Je pense à un musée mobile comme le Centre Pompidou le fait, qui se déplacerait dans les villes belges. Je sais que celui du Pompidou est hors de prix pour nous, mais réfléchissons-y. Il y a aussi de nombreux musées de Flandre et de Wallonie qui pourraient accueillir temporairement des œuvres de nos musées fédéraux. Le musée de Tervuren par exemple va fermer ses portes cet été pour travaux et il exposera ailleurs ses chefs-d’œuvre. Il faudra nommer un responsable de ce projet de musée mobile, et en faire pourquoi pas, un 4e axe du pôle Art.

Vous êtes attentif à l’accès aux musées, votre côté social ?J’ai aussi la politique des handicapés dans mes attributions et, dans ce cadre, je veux favoriser l’accès aux musées par les handicapés, imaginer des audioguides spécifiques, favoriser l’exposition dans les musées d’œuvres de l’art différencié (l’art en marge) qui sont souvent magnifiques. J’ai déjà lancé cette réflexion avec nos musées.

En attendant, le musée d’Art moderne est toujours fermé. Ce fut une erreur de le fermer ?

J’ai pris ce dossier en marche et je regrette que les œuvres ne puissent plus être vues. Ma priorité est de les installer au Dexia Art center, ex-Vanderborght, au centre de Bruxelles. Nous avons rencontré la Ville qui est prête à nous prêter ce lieu de 6000 m2 et 1500 m2 de réserves. L’Inspection des Finances y est favorable si on a du sponsoring.

A quel niveau ?

Il faut trouver des sponsors pour 2,5 millions d’euros, c’est faisable, on a des pistes. Pour le reste, dès que le contrôle budgétaire sera terminé, je discuterai avec mon collègue de la Régie des bâtiments pour mettre ce dossier en priorité.

La Régie peut-elle trouver les 8,5 millions d’euros qu’il faut en plus du sponsoring ? Elle a déjà des priorités, y compris l’achèvement de la rénovation des salles du musée d’Art ancien. Et de plus, le contrôle budgétaire achevé ce week-end réduit encore son enveloppe d’investissements et reconduit la directive dite de prudence budgétaire qui limite les investissements au strictement indispensable ?

On verra. On a aussi une petite enveloppe financière au sein même du musée. C’est ma priorité, mais cela prendra encore du temps, bien sûr.

Votre ministre de tutelle est Laurette Onkelinx, responsable des budgets Beliris vers la Région bruxelloise. Cela peut aider ?

On n’en est pas là.

Mais le Dexia n’est pas idéal pour un musée d’Art contemporain (plafonds bas, etc.) ?

Le rénover sera aussi utile par la suite pour y abriter le musée des instruments de musique. Pour l’Art moderne et contemporain, on pense à un nouveau musée, un geste architectural. Et c’est bien d’avoir de l’ambition mais c’est pour dans dix ou quinze ans, en espérant qu’on aura alors des finances publiques meilleures pour financer le projet. En attendant, on peut préparer le dossier comme l’a fait le groupe de travail présidé par Philippe Delusine (patron de RTL), avec Philippe Mettens, Michel Draguet, le patron de la Régie des bâtiments, etc. Mais je n’ai toujours pas de nouvelles du rapport McKinsey annoncé. Il faudra réfléchir à une localisation de ce musée en tenant compte des gares, des projets de réhabilitation de quartiers, etc. Il est temps de recadrer quelque peu ce groupe de travail, en y intégrant la Région bruxelloise qui ne fut même pas prévenue de la fermeture du musée d’Art moderne. Dans ce groupe, devrait se trouver aussi le bouwmeester de Bxl. Il faut mieux formaliser ce groupe qui peut préparer l’avenir. Mais la priorité est le Dexia.

Fin décembre, Paul Magnette mettait fin à un projet “pharaonesque” pour la digitalisation des collections de nos musées, bibliothèque, archives, cinémathèque, etc. Un projet de partenariat privé-public (PPP) entre l’Etat et le consortium privé IBM-Numen-Iris-Belgacom et portant sur des montants qui ont donné le vertige : on a parlé de 1 milliard d’euros, puis de 400 ou 200 millions d’euros, avancés par le consortium et remboursés ensuite par l’Etat sous forme de redevances et de droits à exploiter par le privé, pendant peut-être vingt ans. Mais après des mois et des mois de négociations très confidentielles et une note pleine d’interrogations de l’Inspection des Finances, ce fut non.

On a arrêté ce PPP (sans devoir payer de dédit d’ailleurs) pour repartir sur des bases plus modestes de 6,2 millions d’euros par an, payés par l’Etat, sans compter les projets de numérisation déjà en cours dans chaque institution. Nous allons diviser ces subsides en trois “lots” : la digitalisation proprement dite, le stockage des données et, enfin, la valorisation (mise en ligne) des données. Il y aura aussi des projets par types d’objets : livres, objets, 3D, etc.